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Le témoignage de Gwendoline, 3 inséminations, 1 FIV et un bébé

Notre désir d’enfant

On pense souvent que ça n’arrive qu’aux autres.

J’ai toujours voulu des enfants. L’envie n’a pas été immédiate quand j’ai rencontré mon conjoint en 2013 à 18 ans, bien évidemment. Mais quand nous avons emménagé ensemble en 2015, que nous avons enfin eu notre chez nous, j’ai commencé à imaginer nos enfants dans cette belle petite maison. Voir mes collègues maman et/ou enceintes n’ont fait que développer ce désir. Mais à l’époque, c’était trop tôt : j’étais en CDD, je devais reprendre les études pour être embauchée en CDI, et nous ne pouvions pas vivre sur un seul salaire.

L’envie a été mise de côté un certain temps, mais est revenue dès que j’ai obtenu mon diplôme en juillet 2017. On commence donc les essais en août, les fourmis au ventre de se lancer dans l’inconnu. Dès le premier cycle, je partage nos essais bébé de façon anonyme sur des forums et des réseaux sociaux. A cette époque, je tombe sur des profils PMA. Je me demande comment font ces femmes si courageuses alors que l’attente de 15 jours entre mon ovulation et mes règles est un supplice. Sans me l’avouer, je pense dans un coin de ma tête que ce genre de chose ne peut pas nous arriver, que ça n’arrive qu’aux autres…

Nous arrivons en mai 2018. Toujours aucun + à l’horizon malgré de nombreux tests d’ovulations, des courbes de température, mais aussi de cycles sans calculer car c’est « quand on n’y pense pas que ça vient » (soi-disant). Chaque fin de cycle est une épreuve. Je sens au plus profond de moi qu’il y a quelque chose. On n’y arrivera pas naturellement. J’ai la « chance » d’avoir une amie qui est passée par la PMA pour ses 3 enfants. Elle me donne le numéro de son gynécologue, et le rdv est pris pour septembre 2018.

 

Rv avec le gynécologue PMA

J’espère secrètement être enceinte avant. Mais nous arrivons à ce rendez-vous. Nous avons la malchance d’attendre dans le service gynécologique classique, et nous nous retrouvons assis au milieu de femmes enceintes. Je me souviens assise avec mon chéri, serrant de toute mes forces contre moi ma pochette contenant mes courbes de température et mes cycles à défaut d’échographies. J’ai la boule au ventre. Je n’ai que 22 ans, bientôt 23, et ma plus grande peur est qu’on ne nous prenne pas au sérieux, qu’on me dise de rentrer chez moi et d’attendre encore une année. Ou pire, qu’on nous annonce une stérilité.

Le rendez-vous se passera merveilleusement bien. Notre gynécologue est très gentil, nous donne les tests à passer, me fait une échographie… Il nous affirme qu’on sera parents, il ne se fait aucun souci pour nous. Notre profil est parfait dans un sens, et c’est vrai : nous sommes jeunes, les chances de réussite sont plus élevées.

Nous retournons le voir en décembre. Le spermogramme montre des spermatozoïdes un peu feignants, mais rien qui explique que je ne sois toujours pas enceinte. Mes cycles irréguliers sont quant à eux dû à la présence de beaucoup de follicules à chaque cycle et mon AMH n’est pas aussi élevée qu’elle ne devrait l’être à mon âge, même s’il n’y a rien d’alarmant.

Il nous propose de partir sur des inséminations. Je suis soulagée, ne voulant pas faire de simples stimulations, ne nous sentant pas capables d’avoir des rapports programmés au vu des horaires de travail de mon conjoint qui est parfois de nuit.

Malgré tout, je me souviens avoir pleuré la nuit de cette annonce. En silence, pour ne pas inquiéter mon chéri. Même si j’étais préparée à la PMA, ça y est on y était, on devait y avoir recours pour avoir notre bébé. Et ça, ça fait sacrément mal et sacrément peur.

On commence les inséminations

Première insémination en janvier. La phase de stimulation se passe très bien, j’ai deux follicules matures. On espère secrètement des jumeaux… Mais négatif. Premier coup dur, tellement dur, quand on a fait ces injections, ces prises de sang, ces échographies pour rien. A cela s’ajoute la mission de combiner la PMA avec le travail. Mais on se relève et on décide d’enchainer directement une deuxième IAC. Négatif une nouvelle fois.

Nous partageons notre parcours avec notre famille et notre entourage proche, nous trouvons auprès d’eux un réconfort au quotidien. Connaissant le monde de la PMA par cœur, je ne veux pas qu’elle soit un tabou : mes collègues sont également au courant, j’en parle librement. Comme toute pmette, je serai aussi confrontée à des gens sans empathie. Nous les mettrons de côté.

On décide de faire une pause après ces deux inséminations. Pour nous, pour notre couple. Mais aussi à cause d’un kyste sur l’un de mes ovaires.

Entre temps, mon chéri a un accident de vélo, le temps de s’en remettre on décide de tenter notre 3ème insémination en mai 2019. On y croit dur comme fer. Mais comme dit le dicton, jamais deux sans trois, une nouvelle fois : négatif.

Le coup est encore plus dur. On met du temps à se relever, de mon côté je réfléchis à ce que pourrait être notre vie sans enfants, à l’adoption.

Nous revoyons notre gynécologue début juillet. Notre dossier étant repasser au staff, il nous conseil de passer au FIV. Mais c’est nous qui choisissons, nous avons encore le droit à 3 IAC. Avec chéri, la décision est prise depuis la dernière insémination : le prochain traitement sera pour une FIV. Quitte à se piquer, autant le faire à fond. On sait que la FIV pourra nous apporter des réponses à défaut de marcher du premier coup.

Direction la FIV

On laisse passer l’été, et la fermeture de la PMA. Je pense même laisser passer la fin de l’année redoutant un nouvel échec. Un nouveau projet nous anime puisque nous décidons de nous marier en août 2020. Cet engagement officiel me met dans tous mes états et redonne un souffle à ma vie : malgré les épreuves et quoiqu’il puisse arriver, on s’aime et ça, personne ne pourra ne nous l’enlever.

Mais chéri me remotive et fin août le rdv est pris pour rencontrer la biologiste. La stimulation commence donc. Les injections sont plus fortes que pour les inséminations, mais je suis heureuse. Je sens que nos questions vont avoir des réponses.

La stimulation se passe bien, même si le traitement est beaucoup plus lourd. Le jour J, c’est avec la boule au ventre que nous nous rendons à la ponction. Allongée sur le brancard, les cuisses écartées, je me demande en toute franchise ce que je fais là. Voilà à quoi on en est réduit pour avoir un enfant alors que tant de femmes tombent enceintes sans le vouloir ? Voilà ce qu’on doit subir ? Des prélèvements humiliants pour mon conjoint ? Des échographies vaginales tellement répétitives que je n’ai plus aucune pudeur ? Des prises de sang tellement régulière que je connais les dames du labo ? Des injections chaque jour qui laissent sur mon ventre des points à force de toujours piquer au même endroit ? Dans notre malheur, nous avons quand même la chance d’être entourée d’une équipe formidable. Arrivée dans la salle d’opération, avant de m’endormir je me souviendrais toujours de cet homme en blouse d’une cinquantaine d’année, qui m’affirmera que c’est notre première FIV et que même en cas d’échec, on y arrivera.

Ma ponction aura lieu le 19 septembre, jour de l’anniversaire de mon chéri. Au total, 12 ovocytes seront prélevés. Je suis soulagée : je produis bien des ovocytes. Je mettrai quelques jours à me remettre de la ponction, à mon grand soulagement j’évite de justesse l’hyperstimulation.

Les biologistes restent sur une FIV classique même si le dernier spermogramme de chéri montre une asthénospermie modérée.

Le lendemain, je trépigne devant mon téléphone. Enfin, la biologiste m’appelle en fin de matinée : nous avons 3 J.1. Douche froide. Je sais que les chances qu’ils aillent jusqu’à J.5 ne sont pas élevées. Je suis anéantie. La voilà notre réponse : les spermatozoïdes ont du mal à féconder mes ovocytes.

On est dépité, nous passons les deux prochaines journées en apnée. Je redoute un échec, je ne sais pas comment je pourrai me relever, comment on pourrait se relever une nouvelle fois.

Le dimanche, la biologiste m’appelle : les 3 embryons se développent bien, seul un est un petit peu en retard mais rien d’alarmant. On explose de joie, en priant pour qu’ils arrivent à J.5.

Le mardi, j’attends l’appel de la biologiste. J’ai posé un congé pour un éventuel transfert, je trépigne. Elle m’appelle et me dit qu’un embryon est arrivée à J.5 et qu’ils me le transfert. Un deuxième évolue toujours, ils le gardent en observation pour le moment.

J’appelle chéri qui est au travail et on fonce à la PMA. Le transfert se fait, la biologiste m’annonce que le deuxième embryon s’est bien développé et qu’ils le congèlent.

Ça y est, nous rentrons chez nous. Je regarde chéri, c’est une victoire, car là tout de suite je suis enceinte. Maintenant, nous croisons les doigts pour qu’il s’accroche.

 

L’attente du résultat, je suis enceinte !

Les 10 jours d’attente passent asse vite. J’ai hâte et en même temps je redoute la prise de sang.

Deux jours avant la prise de sang je suis démoralisée. Je n’ai aucun signe de grossesse, comme aux IAC. Je dis à chéri que c’est fichu. Je lui dis que je ferai un test le lendemain car la prise de sang est le jour de mon anniversaire. Je ne veux pas me prendre une claque ce jour-là surtout que je serai en formation.

Le lendemain matin, je me lève. Je tremble de peur, littéralement. Chéri lui dort, rentrant de sa nuit de travail. Je me fais violence et je me dis « allé fais ce fichu test, ce sera négatif comme d’habitude mais pense à l’embryon restant ».

Je le fais, et le pose sans le regarder le temps de me laver les dents et que les 3 minutes s’écoulent. La peur au ventre, je finis par le regarder une fois mes dents lavées. Je me souviens avoir immédiatement mis ma tête dans ma serviette pour essuyer mes larmes pour ne pas avoir les yeux tout rouges en allant au travail.

Je regarde plusieurs fois le test. Pour la première fois en deux ans, une deuxième barre est là. Pas très voyante, mais bien présente. Je cours réveiller chéri.

On passera finalement notre journée à comparer notre test à d’autres sur internet, redoutant une fausse couche précoce la barre n’étant pas très foncée. J’irai faire ma prise de sang le lendemain, et le résultat arrivera par mail dans la matinée. Il confirmera ma grossesse avec un taux à 112.

Mon plus beau cadeau d’anniversaire. Le lundi suivant, le taux évoluera bien à 418. La première échographie de datation nous confirmera que notre embryon est toujours là et nous écouterons pour la première fois son cœur. Les autres échographies se passeront merveilleusement bien, notre bébé est un petit garçon. La grossesse se passera sans embûches, je prends avec plaisir la sciatique, les vertiges, l’acné, les kilos en trop, les sautes d’humeur… tout ce qui accompagne cette grossesse est merveilleux. Tout. Je fissurerai la poche des eaux le jeudi 4 juin en me levant le matin.

Gabriel verra le jour le 6 juin 2020 à 18h35. Après plus d’1 heure à pousser, les sages-femmes me diront de venir le chercher à la sortie de mon ventre, et je hisserai son corps tout chaud et si doux sur ma poitrine en pleurant et en regardant mon chéri lui aussi en pleure : « on l’a tellement voulu » c’est ce que je ne cesserai de répéter aux sages-femmes et aux auxiliaires.

Conclusion

Voilà le récit de notre parcours PMA. Dans notre malheur, nous avons eu la chance immense que notre 1ère FIV fonctionne et que notre couple en ressorte plus souder. Ne lâchez rien, prenez des pauses pour vous ressourcer, ne mettez pas votre vie entre parenthèse. Je pense toujours à vous, mes copinettes encore en essais. Et comme l’a si bien dit Juline « le combat est désormais terminé ».

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