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Le témoignage d’Aude, mamange, 6 FIV et un petit garçon

Le désir de bébé et les examens

Mon parcours a commencé en 2014, essayant naturellement d’avoir un enfant depuis un an et demi mais avec un désir d’enfant bien plus long.

J’ai décidé de consulter une spécialiste de la fertilité avec l’idée première de me « rassurer », je commençais à être très irritée quand on me disait que tout était dans ma tête, que j’y pensais « trop ».

J’ai donc fait tous les examens nécessaires (prise de sang, hystérosalpingographie, échos, …) et les résultats étaient tous « normaux » ma gynécologue m’a ensuite dit que pour que la mise au point soit complète, il fallait que mon mari fasse un spermogramme.

Toutes cette batterie d’examens, l’attente pour les faire et avoir les résultats nous a pris environ 6 mois.

Le premier spermogramme de mon mari a révélé une azoospermie, ce qui veut dire aucun spermatozoïde vivant dans l’échantillon de sperme prélevé. Afin de confirmer ce résultat catastrophique, il a fallu qu’il en refasse deux autres et qu’il fasse également une échographie des testicules. Le diagnostic s’est confirmé après avoir fait les trois spermogrammes. Ça été un réel coup dur pour nous deux.

Il nous a alors été expliqué qu’on pouvait soit faire appel à un don de spermatozoïdes soit une adoption, soit de tenter une opération qui consistait à faire une biopsie testiculaire afin de voir si on ne trouverait pas quelques spermatozoïdes dans ses testicules. On nous a dit que statistiquement nous avions 1 chance sur 2 d’en trouver. Mon mari et moi avons donc tenté notre « chance » et décidé de faire une biopsie testiculaire.

La biopsie réalisée, nous avons la belle surprise d’apprendre qu’ils avaient prélevé un certain nombre de spermatozoïdes vivants et qu’ils avaient pu faire « 5 paillettes » pour les congeler et que nous avions la possibilité de tenter une première FIV.

La 1ère FIV et notre petit garçon

Du coup, après l’horreur du diagnostic nous reprenons vite espoir et nous nous lançons dans cette première FIV très attendue.

Je commence mon traitement, il y a de nombreux ovocytes (14) et au final il y en a 4 qui sont fécondés, on m’en transfère 2 et ont congèle les 2 autres.

De ce premier transfert je tombe enceinte, un des 2 embryons s’est implanté, je suis la plus heureuse du monde puisque j’attendais ce moment depuis que j’étais adolescente !

A 12 semaines, alors que je me rendais sereine et heureuse à mon écho du premier trimestre, on m’annonce que le cœur de mon futur bébé ne bat plus.

Après un curetage, 3 mois d’attente (obligatoire) et mes premières larmes, on positive à nouveau et nous tentons un 2ème transfert avec les 2 embryons congelés restants.

Je retombe enceinte, là aussi seul un embryon c’est implanté.

Je suis nettement plus modérée dans ma joie que pour ma première grossesse du moins en attendant l’écho du premier trimestre. Une fois celle-ci passée, on me confirme que tout va très bien et là je me sens « sur un petit nuage, pleine de rêve dans l’attente de ce bébé tant attendu », je profite de toute ma grossesse et on m’annonce que je vais avoir un petit garçon. Il arrivera à terme et en pleine santé ! J’ai alors 35 ans.

Notre projet de 2ème enfant avec une 2ème FIV

A 37 ans, nous souhaitons mettre en route notre 2ème enfant, très sereins puisque finalement après ce douloureux diagnostic et ma fausse couche nous avons eu notre premier enfant.

Je recommence un 2ème traitement de FIV puisque nous n’avons plus d’embryon congelé et nous utilisons une des 5 paillettes de spermatozoïdes congelés.

Ma 2ème FIV donnera comme résultats 2 embryons qu’on me transfère directement sans congélation.

Je tombe enceinte directement, les 2 embryons transférés se sont implantés, nous entendons les 2 cœurs, notre joie est décuplée !!! Nous rêvions mon mari et moi d’avoir 3 enfants et avoir des jumeaux nous comblait de bonheur !

Lors de mon échographie du premier trimestre, on nous annonce qu’un des 2 cœurs s’est arrêté de battre. Nous sommes tristes mais restons très heureux que l’autre cœur continue de battre. Nous restons positifs comme toujours, et je mène une grossesse à terme, très heureuse et impatiente de découvrir notre petite fille.

Je suis mamange

Le jour de l’accouchement je me rends à la maternité seule car j’ai de nombreuses contractions en pleine nuit et que nous n’avions pas de solution immédiate pour garder notre fils.

Arrivée à la maternité, on m’annonce l’impensable, le cœur de ma fille s’est arrêté de battre. Mon accouchement est imminent. Mon mari arrive, c’est le drame, j’accouche d’une magnifique petite fille de 3 kg décédée in-utero.

Nous pleurons beaucoup mais nous restons forts et combatifs pour notre fils.

Je décide de commencer un suivi psychologique pour avoir un espace neutre où je puisse déverser toute ma tristesse. Ma gynécologue me conseille d’attendre au moins 6 mois avant de retenter une FIV mais cette attente est tellement interminable et insupportable qu’après 3 mois je demande à ma gynécologue de recommencer et elle accepte.

Notre 3ème FIV sans ponction

Nous voici donc à l’aube de ma 3ème FIV.

Je supporte parfaitement les traitements mais le jour de mon prélèvement d’ovocytes, on nous annonce que sur les 4 paillettes de spermatozoïdes restantes, toutes ont été décongelées et aucun spermatozoïde n’a pu être utilisable en vue d’une future fécondation.

L’équipe de la PMA décide donc de ne pas me prélever mes ovocytes car ils ne pourront pas être congelés puisqu’ils ne peuvent pas être fécondés. J’insiste pour qu’on me fasse quand même le prélèvement (pour ne pas avoir fait le traitement pour rien) mais ma gynécologue nous explique que les ovocytes non fécondés se congèlent mais très peu survivent à la décongélation.

De plus puisqu’il n’y a pas eu de ponction sur cette 3ème FIV, celle-ci « ne compte pas » en termes de remboursement. J’accepte donc cette décision, le cœur très lourd, très déçus tous les deux, nous pensant bien à l’abri d’une telle nouvelle avec nos 4 paillettes de réserve !

 

Plus aucun spermatozoïde : que faire ?

Ma gynécologue nous dit qu’elle va réopérer mon mari une seconde fois afin de prélever de nouveaux spermatozoïdes. Nous sommes tous confiants et nous nous armons encore et encore de patience. Les mois sont très longs, je veux que tout puisse s’enchaîner afin de pouvoir vite connaître une nouvelle maternité et fonder la famille que nous rêvions d’avoir. Que notre fils puisse devenir un « vrai » grand frère.

Mon mari se fait opérer et terrible douche froide à son réveil puisque ma gynécologue nous annonce qu’elle n’a pas trouvé le moindre spermatozoïde vivant !

Il nous reste donc comme seule alternative l’acceptation d’un don de sperme ou l’adoption, mais l’adoption est pour nous deux une solution que nous n’envisageons pas.

Personnellement je ne voyais pas de problème à la possibilité d’accepter un don de sperme, l’idée de porter « un autre enfant » était tous ce qui comptait le plus pour moi mais mon mari, ne voyait pas les choses de la même manière que moi.

Il se refusait d’accepter ce don, me disant qu’il ne pourrait pas faire abstraction que cet enfant à naître ne serait pas « le sien », il craignait de faire une « différence » entre notre fils et ce futur autre enfant.

De mon côté chaque mois qui passait était de plus en plus difficile à attendre. L’idée de ne plus avoir d’enfant, m’était totalement insupportable. J’en voulais à la vie, je la trouvais tellement injuste de nous imposer un tel sort alors qu’elle ne nous avait déjà pas épargné par notre parcours et surtout par la perte de notre petite fille.

Mes amies tombaient toutes enceintes sans problème, je me sentais incomprise et très seule. J’ai passé sans doute les pires mois de ma vie de couple, tentant tous ce qui était possible pour faire changer d’avis mon mari.

Jusqu’à lui demander de divorcer et de continuer ma quête seule d’avoir ce 3ème enfant à tout prix. Mais ma raison a repris le dessus rapidement et je trouvais complètement fou de quitter un homme que j’aimais plus que tout et priver notre fils de sa famille réunie pour satisfaire mon besoin d’avoir cet autre enfant. Je suis donc revenue sur ma décision de tout quitter et non pas sans rancœur, je suis restée avec mon mari et notre plus grand trésor : notre fils.

Le spermatozoïde de l’espoir

Lors d’une nième consultation chez ma gynécologue, celle-ci nous a dit qu’il y avait un faible espoir (de l’ordre de 2%) que si mon mari avait une hygiène de vie exemplaire (nourriture saine et sport) nous pourrions retenter non plus une opération car elle ne voulait plus l’opérer (risque pour sa propre santé pour un résultat quasi improbable) mais refaire quelques spermogrammes de manière aléatoire dans quelques mois.

Mon mari a dès lors changé radicalement son alimentation et comme conseillé s’est mis au sport. Résultat, il a perdu beaucoup de poids et a tenu à retenter « sa chance », personnellement je n’y croyais plus vraiment.

Très honnêtement je ne compte plus le nombre de spermogrammes qu’il a fait (à la louche je dirais une bonne dizaine) je peux dire qu’il a été très persévérant.

Sa persévérance à fini par payer puisqu’on a finalement trouvé un spermatozoïde vivant ! S’était-il perdu ou était-ce un miracle ?

Notre 4ème et 5ème FIV

Bref, ils ont congelé cet unique spermatozoïde et me revoilà repartie pour un 4ème traitement de FIV (en réalité ma 3ème puisque la précédente ne comptait pas), j’ai 39 ans.

Il me prélève plusieurs ovocytes en vue cette fois de congeler même ceux qui n’étaient pas fécondés puisqu’il n’y avait qu’un seul spermatozoïde.

Ils font la fécondation et l’impensable se réalise encore, je tombe enceinte avec cet unique spermatozoïde…malheureusement pas pour longtemps car je fais une fausse couche rapidement. Mais tout ça m’a reboosté, j’y crois à nouveau et mon mari continue non sans difficultés ses spermogrammes pour retenter cet exploit.

A nouveau après persévérance, on retrouve à nouveau UN spermatozoïde ! Ils décongèlent alors mes ovocytes prélevés lors de ma dernière FIV mais aucun ne résiste à la décongélation, me revoilà donc partie pour une 5ème FIV, idem que pour la précédente, ils prélèvent un maximum d’ovocytes (8), les congèlent et tentent d’en féconder UN avec le seul spermatozoïde. Ils me transfert un embryon dit de qualité « « pas top » …je ne tombe pas enceinte.

La 6ème FIV

Mon mari continue encore et encore ses spermogrammes et pour la 3ème fois, ils trouvent 1 seul spermatozoïde ! C’est peu mais on tente à nouveau notre chance avec une 6ème FIV, …. A notre grand émerveillement je tombe enceinte mais cette fois encore je fais une fausse couche.

La fin de la PMA

Il nous reste une dernière FIV à tenter, mon mari s’accroche et continue ses spermogrammes, nous tenterons un dernier traitement de FIV en 2020, j’ai 40 ans, je suis à bout d’espoir, notre fils a 5 ans, je suis fatiguée, je n’y crois plus, je ne tomberai plus enceinte.

A ce jour, il nous reste encore UN traitement de FIV à faire le 7ème et dernier, nous décidons d’un accord commun, le cœur lourd de nous arrêter, nous nous consolons en nous disant que nous avons été « tous les 2 courageux et persévérants » dans notre parcours mais nous décidons sereinement de tourner définitivement la page de notre parcours de PMA et de profiter de notre merveilleux petit garçon qui sans la PMA n’aurait jamais pu exister.

Nous pensons tous les jours à notre petite fille partie rejoindre le ciel bien trop tôt, elle m’aura fait vivre une grossesse inoubliable et je la remercie pour cela. Pas un jour ne passe sans que nous n’allumions une petite bougie rien que pour elle, pour qu’elle sache qu’on ne l’oubliera jamais.

Notre fils sait qu’elle a existée, nous avons une photo d’elle que nous avons souhaité exposer chez nous, elle est magnifique.

Je remercie mon mari, je ne lui en veux plus à ce jour, mon sentiment d’injustice est toujours très présent, je me demande toujours pourquoi nous, alors que nous sommes une famille unie, aimante et que la vie ne nous a pas épargnés dans le domaine de la conception des bébés.

J’ai réussi après de longs mois à voir le côté positif de n’avoir « qu’un enfant » même si dans mon cœur j’en aurai toujours 2, ce qui pour moi est positif et me prouve que mon deuil se fait doucement mais sûrement.

Infiniment merci à toute l’équipe de la PMA qui nous a suivis, soutenus pendant toutes ces années, eux aussi jamais on ne les oubliera.

Conclusion

Enfin, Mes seuls conseils si je peux me le permettre aux couples qui sont dans l’attente d’avoir un enfant est qu’ils n’attendant pas « trop » longtemps pour faire les démarches si votre bébé se fait attendre car toutes ces démarches prennent du temps.  J’aimerais aussi leurs conseiller d’avoir un suivi psychologique pour partager leurs ressentis et émotions auprès d’un professionnel qui ne va pas sortir ces phrases toutes faites qui font si mal quand on se sent vulnérable, en parler nous libère d’un poids qu’on ne mesure pas toujours au moment où on le vit.

Enfin, je souhaite beaucoup de courage, car il en faut… pour supporter toutes ces vives émotions. Restez soudés avec votre compagnon, c’est une grande force !

4 commentaires

  1. Souss06

    C’est un parcours du combattant, cela fais 1 an et demi que nous savons que mon mari a une azoospermie, bilan tout a fais normal, fsh, testostérone… On ne comprends toujours pas!
    On nous a dit qu’il avait une varicocèle, qu’il faut l’enlever avant de faire une BT, c’est ce qu’on a fais, la BT arrive on est plein d’espoir, enfin arrive le jour ou on s’aura si il y en a quelque part, le verdict tombe, ils ne trouvent aucun spermato, on est dans le flou totale, démoralisé, on ne sait plus quoi faire, mon mari n’aura jamais d’enfant de lui, les médecins ne nous donne aucune solution à pars le don ou l’adoption et honnêtement c’est dur à envisager.
    J’espère qu’on trouvera la force de continuer ce combat qui est loin d’être fini pour nous…

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  2. Anamika

    Waouh, c’est vrai que ton témoignage est bouleversant. Vous avez fait preuve de beaucoup de persévérance et c’est très honorable.
    Mon mari va faire sa 1ère biopsie testiculaire dans quelques jours, 1 chance sur 2… Notre urologue nous a dit la même chose.
    C’est troublant de se dire que ta vie est sur le point de prendre un tournant décisif et que tu n’as aucun contrôle là dessus!
    1 chance sur 2 d’être parent.
    J’ai 27 ans et lui 30, ce désir d’enfant est là depuis longtemps mais je redoutait les mauvaises nouvelles on va dire. Je ne sais pas son on aura votre force morale ET physique dans une telle épreuve
    J’espère que tout se passera bien pour la suite, pour toi aussi Clem.
    Bisous

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  3. Clem

    Ton témoignage est bouleversant. Mon conjoint est également atteint d’azoospermie, nous avons obtenu sept paillettes lors de la biopsie. A ce stade 1ère FIV, 3 embryons, pas d’implantation au premier TEC, une FC au second… le 3ème vitrifié attend la fin du COVID…
    Les spermatozoïdes trouvés dans les spermogrammes… incroyable !! Je pense cela totalement impossible pour nous, on n’est même pas sûrs qu’il y ait des canaux déférents.
    Vous avez été très courageux et je suis certaine que votre petite fille est fière de vous trois depuis là-haut, que le temps t’apaise, je vous souhaite beaucoup de bonheur.

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    • Aude

      Un tout grand merci pour votre réponse. J’espère de tout coeur qu’après ce fichu virus vous pourrez vite retenter le 3ieme embryon et qu’il va s’accrocher.
      Pleins de courage dans ce parcours.
      Oui totalement incroyable ces spermatozoides apparus dans le spermogramme. Ils n’auraient jamais pu se développer naturellement mais en tt cas ils nous aurons redonner un petit espoir.
      La page de la PMA est tournée. Je te remercie d’avoir souligné notre courage et tes pensées pour notre petit fille.

      Réponse

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