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Le témoignage de Fanny : un parcours PMA en cours en Suisse et une différence d’âge

Parcours en PMA, Acte 1

Moi c’est Fanny, j’aurai 30 ans dans quelques mois. Et je suis en parcours PMA depuis 2016.

Lorsque j’ai commencé à fréquenter mon homme (je l’appellerai O.) il y a 7 ans maintenant, je savais déjà qu’il avait des problèmes de fertilité.

En effet, il a 24 ans de plus que moi et avait donc déjà son propre vécu. O. avait été marié, avait eu des projets de famille avec son ex-femme mais rien ne s’était passé. Lorsqu’ils se sont séparés, son ex-femme est très vite tombée enceinte de son nouveau conjoint. Cela s’est à nouveau produit avec sa 2ème relation. Il a donc commencé à se poser des questions et a consulté un médecin, juste pour savoir. Celui-ci a fait quelques examens rapides et lui a expliqué qu’il avait en effet des problèmes de fertilité et qu’il avait une chance sur un million de procréer naturellement. Il était jeune à ce moment-là, il ne s’est pas formalisé et a continué sa vie.

J’ai débarqué dans sa vie plusieurs années après. D’abord en tant qu’amis, nous faisions partie d’un cercle d’amis motards.

2013

J’avais 23 ans et lui 47 quand nous nous sommes mis ensemble. Je savais qu’il avait ces soucis de fertilité mais je ne m’imaginais pas spécialement faire ma vie avec lui. Pour moi, il s’agissait de passer des bons moments ensemble et on verrait plus tard.

Je me souviens qu’au cours d’une conversation à cœurs ouverts, je lui ai tout de même avoué que je souhaitais être maman un jour. Dans ma tête, à 30 ans, je m’attaquerais à la question, c’était pour moi l’âge où on pense à la postérité.

Par cet aveu, je lui expliquais que je voulais bien passer les sept années à venir avec lui, mais qu’il faudrait ensuite me laisser partir pour aller faire ma « vraie » vie. J’étais jeune…

Deux ans plus tard, j’étais complètement accroc à lui et je ne pouvais plus imaginer le quitter un jour et vivre avec qui que ce soit d’autre. Nous avons emménagé dans une maison dans laquelle nous nous sommes projetés dans l’idée de fonder une famille. Nous savions déjà quelle chambre serait par la suite aménagée chambre d’enfant, nous nous réjouissions de pouvoir profiter du jardin avec un enfant. C’était il y a 5 ans. La chambre est toujours une chambre d’amis.

2016

En 2016, j’avais alors 26 ans et lui 50 ans. Nous avons décidé de commencer à consulter afin de nous faire médicalement assister.

La première étape a été de rencontrer un urologue afin de définir quel était précisément le problème de O. Après plusieurs examens, tests d’urine, analyses de sang, spermogrammes, nous avons appris qu’il était atteint de zoospermie. Il n’y aucun spermatozoïde dans son éjaculat. Pour ce qui est de la raison de cette « anomalie », nous nous posons encore la question aujourd’hui. Les médecins émettent des hypothèses dont ils ne sont absolument pas certaines. L’hypothèse la plus probable serait un médicament que O. aurait pris petit, il pense notamment à celui qu’il a dû prendre suite à une méningite et qui aurait été pointé du doigt quelques années plus tard pour différents effets secondaires.

La seule solution que nous avions suite à cette découverte était celle de la FIV avec prélèvement des spermatozoïdes directement dans les testicules. Il s’agissait donc d’une opération consistant à « ouvrir » un testicule pour aller y prélever le maximum de spermatozoïdes.

Mais nous ne savions pas encore à ce moment-là, s’il y aurait des spermatozoïdes dans au moins un des testicules, et encore moins dans lequel (mais nous étions assez confiants, les analyses de sang et d’urine semblaient indiquer qu’il y avait un petit quelque chose).

  1. s’est fait opérer en septembre 2016. Ce fut une opération assez lourde et douloureuse. Il a été en convalescence pendant 3 semaines.
    Mais cela valait le coup ! Ils avaient trouvé des spermatozoïdes (et en plus dans le premier testicule qu’ils avaient ouvert, pas besoin d’ouvrir les deux).

Nous avions donc nos petits zozos au congélateur, 10 paillettes, cela nous semblait énorme. Celle-ci sont stockées dans une clinique spécialisée en PMA.

Nous pouvons passer à l’étape d’après. Cela n’est plus du ressort de l’urologue, il nous donne le nom de deux gynécologues qui travaillent en collaboration avec cette clinique.

Le jour-même, j’appelle l’un deux (celui qui a le cabinet le plus près de chez nous). Son assistante m’annonce qu’un créneau horaire s’est justement libéré une semaine après et que nous pouvons venir. Je vois ça comme un signe et suis plus que positive.

Nous rencontrons le Dr. C pour la première fois le 27 octobre 2016. Le contact passe plutôt bien même si je trouve le médecin un peu froid et distant. Il nous pose plusieurs questions d’ordre privé, familial, sur les antécédents familiaux.

Il nous explique que nous allons procéder à une étude de cycle afin de comprendre comment cela se passe chez moi. Je devrai donc faire plusieurs prises de sang et échographies pour surveiller l’ovulation.

Il nous dit que j’ai l’air en bonne santé, que je suis très jeune, qu’il parie sur une grossesse à la première tentative (que nous planifions pour le début de l’année suivante). Il est très confiant.

Dans le mois qui suit, nous avons une séance d’information pour nous expliquer comment se passe une FIV, la stimulation, la ponction ovarienne puis le transfert, les risques et les coûts. Nous vivons en Suisse, aucune assurance maladie ne prend en compte les FIV. (Par la suite, nous en aurons pour environ 25 000 francs par an).

Nous rencontrons également le biologiste qui s’occupera après ponction ovarienne de faire rencontrer nos gamètes (mes ovules issus de la ponction donc et les spermatozoïdes d’O. qui attendent au « congélateur ». Nous visitons le labo et les installations, on se croirait dans un film de science-fiction. Cela plait beaucoup à mon homme.

2017

Le 12 janvier, je retourne voir le Dr C. pour une hystéroscopie. Il s’agit d’un examen approfondi où le médecin examine la cavité utérine à l’aide d’une caméra afin de s’assurer que tout va bien et qu’on peut continuer.

Pour pouvoir faire cet examen, j’ai pris à l’avance des antibiotiques et des anti-douleurs. Car en effet, cela fait MAL ! Je n’ose pas imaginer sans les anti-douleurs… Le médecin doit injecter de l’eau (ou un liquide particulier mais il me parle d’eau) et je revis en 5 minutes les douleurs de toute une journée de règles.

Conclusions de l’examen : j’ai quelques polypes mais qui ne devraient pas trop déranger (si on voit que ça ne marche pas, on opérera pour les enlever…), j’ai un utérus « inversé » ou « arqué ». Rien de grave en soi mais la communauté des gynécologues suspecte que ce type d’utérus soit plus propice aux fausse-couche, mais en fait ce n’est pas sûr, en fait ils n’en savent rien.

Nous décidons d’attaquer ! La stimulation commencera au premier jour des règles. O. Apprend à me faire les piqûres, je me sens incapable de le faire moi-même. Nous faisons des piqûres matin et soir.

Puis vient le jour de la ponction, on m’emmène au bloc, on m’anesthésie et je me réveille 20 minutes plus tard comme si rien ne s’était passé. Environ 8 ovocytes viables ont été ponctionnés. Deux seront gardés en culture, les autres seront congelés au bout de trois jours.

Trois jours plus tard, on retourne à la clinique, et on procède au transfert des deux embryons conservés en culture. Le biologiste et le médecin sont très contents. Ce sont de « beaux embryons » qui se sont bien décuplés ! Tout le monde est très confiant, et nous aussi.

Après cela, il faut attendre 14 jours avant de faire une prise de sang et savoir si cela a fonctionné. Mais comme on nous a tellement dit que ça ne pouvait que marcher, on s’y croit déjà. Un peu plus, et on repeint la chambre d’amis.

Le 13 février à 8h, je me rends au cabinet pour la prise de sang. L’assistante me demande ce que j’en pense, si j’ai des sensations m’indiquant que c’est positif ou négatif. Je lui dis qu’en effet, depuis trois jours, je suis un peu nauséeuse. Elle me répond que ce n’est pas possible de sentir quoi que ce soit à ce stade d’une grossesse. Pourquoi pose-t-elle la question alors ?

C’est les vacances, alors je rentre à la maison et j’essaie de m’occuper, de penser à autre chose.

Vers 12h, l’assistante m’appelle, c’est négatif. Je pleure toutes les larmes de mon corps et je dois appeler O. au travail pour lui annoncer.

Pendant l’année 2017, nous referons deux transferts avec les embryons congelés. Tous aboutiront à un test négatif.

Le 6 novembre 2017, nous faisons une nouvelle ponction. On est samedi et tout se passe comme la fois précédente. Sauf qu’en voulant me lever pour la première fois après mon réveil, je manque de m’évanouir dans les toilettes, l’infirmière qui était là pour m’aider à me lever me remet au lit et me dit que l’anesthésie a dû m’assommer un peu.

Quand je rentre à la maison le soir, je ne souhaite que retourner au lit. Ce que je fais. J’y reste jusqu’au lendemain matin. Le dimanche matin, je me réveille en forme mais j’ai mal dans le bas ventre. J’essaie de me rassurer en me disant que c’est sûrement la suite de la stimulation, les injections des derniers jours… Et je m’occupe comme tous les dimanches avec un peu de bricolage, de cuisine. Je reste debout toute la journée et j’ai toujours comme un poids dans le bas ventre. Je me dis cette fois que si ça ne va pas mieux le lendemain, j’irai voir le médecin. Dans le doute, je demande déjà à une remplaçante de se tenir disponible en cas de besoin (je suis instit).

Le soir, des amis viennent pour le diner. Ils trouvent que je marche bizarrement, nous profitons donc de l’apèro pour leur explique alors par le détail ce que nous vivons depuis plusieurs mois. Lorsque je veux me lever du canapé pour passer à table, j’ai affreusement mal au ventre et je décide de m’allonger un moment. Après un moment, je me dis qu’il faudrait peut-être que j’aille aux toilettes. Malheureusement, mes jambes ne répondent plus, je ne peux plus les bouger.

  1. décide tout de suite de m’emmener à l’hôpital mais je ne me sens pas du tout d’être portée et placée dans une voiture. Il appelle donc une ambulance.

Lorsque les ambulancières arrivent, O. leur explique que j’ai subi une ponction ovarienne la veille. Elles semblent convaincues que c’est lié à cela. Elles me posent une perfusion avec un anti-douleur, j’ai l’impression de pouvoir respirer à nouveau. Mais je ne peux toujours pas marcher. Elles amènent donc le brancard au plus près mais il ne passe pas par la porte du salon. Je dois donc faire quelques pas, les plus difficiles de ma vie.

Lorsque nous arrivons à l’hôpital, directement aux urgences de la maternité, je suis assez vite prise en charge. Un gynécologue vient me voir, il veut faire une échographie. Mais ma vessie est trop pleine, il ne voit rien. On me fait alors me lever pour aller aux toilettes, je refuse mais tout le monde insiste. Alors, je prends sur moi, et j’essaie d’aller aux toilettes, aidée par deux infirmières. Mais je ne peux rien faire, les infirmières insistent. Alors je me force et au moment où l’une d’entre elles dit : « Elle devient toute pâle ! », je m’écroule.

On me rallonge. Mais il faut toujours vider cette vessie alors on m’installe une sonde. À ce moment-là, O. et moi avons atteint tous les stades de l’intimité. Je me dis que plus rien ne pourra le repousser.

Le gynécologue peut enfin faire son échographie, il voit que mon bas-ventre est rempli de sang, j’ai fait une hémorragie interne dans la zone de l’utérus et des trompes, il s’agit d’une « hémopéritoine » Cela est probablement dû à la ponction.

Il est décidé que je dois être opérée immédiatement pour vider le sang et cautériser le lieu du saignement.

À deux heures du matin, je rentre au bloc. Je me réveillerai deux heures plus tard. Je reste ensuite deux jours à l’hôpital et un mois à la maison, principalement allongée car je suis très faible. En effet, j’ai perdu 750 ml de sang et tout le fer qui va avec.

Le Dr. C n’a jamais appelé pour prendre de mes nouvelles. Il n’a jamais cherché à nous expliquer ce qui avait pu se passer, ni à « s’excuser ». Je l’ai consulté deux fois à la suite de cet incident afin qu’il signe mes retours au travail. Mais j’ai perdu toute confiance en lui, O. ne veut plus en entendre parler.

Nous nous renseignons donc pour trouver un autre médecin. Sachant que nous sommes obligés de consulter un médecin qui collabore avec la clinique où sont congelés les spermatozoïdes et les embryons (car aucun n’a de ce fait pu être transféré, nous en avons trois en réserve).

2018

En 2018, nous avons rencontré notre nouveau médecin, le Dr. M. Celui-ci est un peu plus cher, un peu plus éloigné, mais nous nous sentons tout de suite plus à l’aide avec lui. Nous nous rendons alors compte que certaines choses n’étaient pas normales avec le Dr C.

Le Dr M. me recommande de lier mes traitements en PMA à des traitements d’accompagnement plus « doux ». Il me recommande un médecin ayurvédique qui m’accompagnera alors grâce à des séances de massage et d’acupuncture notamment.

Avec le Dr M., nous transférons les embryons ponctionnés par le Dr. C avant l’hémopéritoine. Nous faisons également deux nouvelles ponctions qui mèneront à deux transferts sans suite.

En octobre 2018, nous avons fait en tout 5 transferts d’embryon sans résultat quand nous nous rendons au cabinet pour le 6ème test de grossesse. J’ai très mal au ventre et des saignements très abondants depuis la veille. Dans la voiture, je pleure à chaudes larmes et je dis à O. que ce n’est pas la peine d’aller car je sais que c’est négatif. On y va quand même.

En arrivant au cabinet, j’explique le même chose au médecin qui me dit que ce sont des signes encourageants, il faut faire la prise de sang. Sur le chemin du retour, nous faisons une halte courses. Le laboratoire appelle alors que nous passons à la caisse, le résultat est positif. C’est même un fort taux, il se pourrait qu’il y en ait deux ! On n’arrive pas à le croire mais on essaie de garder la tête froide. J’appelle l’assistante du médecin et lui annonce la nouvelle, elle me dit que le médecin est en train de danser dans le bureau.

Les deux jours suivants sont très éprouvants. J’oscille entre la joie incontrôlable et la peur que ça ne dure pas. Je suis également épuisée. Quand vient la deuxième prise de sang censée confirmer le résultat de la première et montrer l’évolution, je suis de plus en plus inquiète. La prise de sang révèle que le taux a baissé, je suis en train de faire une fausse-couche. Je pleure tous les soirs pendant une semaine, puis nous partons en vacances et je me dis que la vie continue !

2019

En mai 2019, nous recommençons le protocole pour une ponction ovarienne. La stimulation est un peu trop forte et je fais une hyperstimulation. Je dois être arrêtée pendant trois jours, nous ne pouvons pas tout de suite faire de transfert. Les ovules ponctionnés et fécondés n’ont donné qu’un seul embryon viable, celui-ci est congelé.

Au même moment, nous nous inquiétons du nombre de paillettes de spermatozoïdes restant. Après plusieurs relances auprès du médecin et du laboratoire, on nous annonce enfin que toutes ont été utilisées. L’embryon congelé est donc notre dernière chance de concevoir un enfant à nous deux. Car nous avons décidé que O. ne se refera pas opérer pour prélever les spermatozoïdes du deuxième testicule.

Nous réfléchissons d’ores-et-déjà à la suite et décidons que si cette dernière tentative est un échec, nous nous tournerons sûrement vers le don de sperme.

En Suisse, il faut être un couple marié pour un bénéficier. Nous prenons les devants et planifions notre mariage pour le 18 octobre 2019. La PMA est alors un peut mise de côté, nous voulons profiter à fond de ce moment à nous.

Début novembre, nous commençons un nouveau protocole pour un transfert d’embryon congelé. Celui-ci est prévu le 6 décembre 2019. Au matin du 6 décembre, alors que tout est prévu pour que nous nous rendions en début d’après-midi à la clinique (j’ai organisé mon remplacement l’après-midi, O. s’est absenté du travail pour la journée, j’ai fait des injections toute la semaine précédente), le médecin m’appelle. Je suis dans le bus avec mes élèves, nous rentrons de la patinoire. L’embryon n’a pas survécu à la décongélation.

Le monde autour de moi s’effondre.

2020

En février 2020, après beaucoup de réflexions, nous avons rencontré le médecin responsable du centre PMA de la ville à 60 km de chez nous. Nous allons bientôt entamer une procédure pour une insémination avec don de sperme.

Prochaine rencontre avec le médecin et la psychologue dans les mois qui viennent. Acte 2 à suivre….

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