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Le témoignage de Cécile : 2 FIV et une petite fille

Nous commençons les essais bébé, les examens spermatiques ne sont pas bons

Je suis allée voir un gynécologue, lequel m’a retiré mon stérilet hormonal, et nous nous sommes lancés. Mais au bout d’un an, comme une évidence, comme le rouleau compresseur d’une destinée, je ne tombais pas enceinte, tel que mes doutes me l’avaient déjà enseigné. Alors je suis retournée voir le gynécologue, qui nous a envoyé, mon conjoint et moi, faire une batterie de tests.

S’il ne s’agissait que de tests, c’était déjà assez « grave », assez « sensible », le sujet prenait une toute autre tournure. De plus les tests étaient assez poussés : j’ai dû faire une hystérographie (un examen de l’utérus, ça pique un peu :-)) et mon conjoint, a fait connaissance avec le « spermogramme » un prélèvement de sperme au cours d’une masturbation, dans un environnement flirtant avec le glauque et l’absurde.

Lorsque nous avons reçu les résultats du spermogramme et avant même le rendez-vous chez le gynéco, on a senti que ces derniers n’étaient pas normaux, au sens « pas dans la norme ». Je me suis rendue seule, chez le gynéco, espérant un avis éclairant. Mais, et je le comprends, il ne s’est pas prononcé et m’a immédiatement orienté chez son confrère spécialiste de la PMA. Par chance, à la Rochelle on était relativement bien pourvus.

Nous consultons un spécialiste en PMA

Entrer chez le spécialiste PMA était en soi une épreuve du feu. Si mon conjoint était hyper décomplexé quant à notre problématique dont il parvenait à ne voir que l’aspect purement médical, je ne parvenais pas à me départir de cette impression de dévoiler ma sexualité, mon intimité, auprès de tous les patients dans la salle d’attente.

C’est drôle mais je me rappelle avoir vu une femme enceinte dans la salle d’attente, me demandant ce qu’elle fichait là, vu que pour moi, la PMA c’était pour les femmes pas enceintes 🙂 Cependant, notre rencontre avec le médecin a été super : il avait beaucoup d’humour (qualité très importante pour nous), de la délicatesse, il était assez jeune et on l’a trouvé super. Il a laissé entendre que les spermatozoïdes de mon conjoint étaient peu mobiles (trop lents pour féconder) et peu qualitatifs, mais avait besoin de davantage d’éléments. Nous sommes retournés faire des examens complémentaires à sa demande, dont les résultats lui seraient communiqués et détermineraient le dispositif de PMA. A ce stade, je ne savais pas grand-chose alors en lisant, j’ai compris, qu’il pouvait y avoir une insémination artificielle, et si trop compliqué, une FIV.

Dans le deuxième cas, j’ai vu qu’il y avait des périodes d’absence au travail, donc j’ai croisé les doigts pour l’insémination artificielle car il était inconcevable de communiquer à propos de notre problématique de fertilité.  De plus, je voyais qu’il y aurait une opération, des piqûres quotidiennes, cela me semblait envahissant, complexe…

 

Ce sera une FIV ICSI, nous restons discrets auprès de notre entourage

Malheureusement, lors de ce rendez-vous (en août 2018) le médecin nous a annoncé que l’infertilité de mon conjoint était trop forte. L’insémination artificielle ne serait pas efficace. Ce qui est préconisé, lors d’une infertilité masculine, c’est une FIV ICSI. En gros, on prend les ovocytes de la femme, on prélève les spermatozoïdes champions de l’homme et on met tout ça ensemble in vitro. Notre chance c’était quand même dans tout ça : notre jeunesse, on avait 33 et 35 ans ; et le fait que j’avais aucun problème, nul part. Malgré tout j’ai eu envie de pleurer très fort, mais je me suis retenue pendant tout l’entretien. En sortant j’ai éclaté en sanglots, rendant mon pauvre chéri complètement désemparé. Pour moi, c’était un échec, alors que pour lui, c’était le début de quelque chose. Nos perceptions étaient déjà très différentes.

Nous avons choisi d’un commun accord de ne révéler cet aspect à aucun des membres de notre famille. En effet, je ne voulais ni d’encouragements trop appuyés, ni d’empathie confinant à la pitié, ni de l’indifférence, je ne voulais pas me sentir obligée de communiquer les résultats de mes examens, de notre projet… bref, ne sachant pas très bien comment me positionner par rapport à moi, je ne voulais pas en plus me positionner par rapport aux autres, et surtout, ne pas générer d’attente chez les autres. Cela a été dur, mais si c’était à refaire je le referais sans hésiter.

En revanche, j’en ai parlé à 3 personnes : ma chef et 2 collègues pour expliquer que je ferai du télétravail, lesquels ont tous été très compréhensifs. Je travaillais dans l’informatique, tout était assez simple, avec, déjà du télétravail de circonstance.

On se met dans le bain des pmettes

Nous avons donc fixé un début de traitement courant septembre / octobre 2018.

Entre temps, j’ai commencé à lire beaucoup de témoignages sur fiv.fr et sur le forum.fiv.fr, à me renseigner. Je me souviens que je lisais l’emploi de termes incompréhensibles pour moi, avec des abréviations, à chaque fin de message laissé sur le forum (voir ci-après). C’était comme un « pedigree » de chaque intervenante : nombre de tentatives, type de dispositif utilisé, nombre d’embryons congelés obtenus, transférés… tout était très précis.

J’étais choquée parce que je pensais « mais on ne peut pas se définir uniquement par rapport à son parcours de PMA ! ». Aujourd’hui, je pense que j’étais un peu coupée de la réalité de ce que peut être un parcours de PMA. Il y a des moments pendant lesquels on a besoin de ne parler que de ça, et le forum est ce sas de décompression, dans lequel les interlocuteurs sont au même niveau de connaissance que soi, et plus encore, sont expérimentés et comprennent ces problèmes.

Également, on a fait un RV avec la responsable biologiste qui a été rassurant. En plus mon conjoint est le roi des statistiques. Il avait estimé qu’on avait de fortes chances d’avoir une FIV opérante sur 2 ou 3 tentatives et appris à la biologiste à les calculer (oui oui !).

La 1ère FIV

J’ai donc suivi un protocole de stimulation ovarienne. D’abord une infirmière m’a montré 2 fois comment faire. Ensuite j’ai toujours fait seule. Mon conjoint ne supporte pas la vue de l’aiguille et du sang (ça vous étonne ?! :-)). Par contre il était toujours présent ou presque, c’était important cette présence. Il faisait par exemple les doses lorsque nécessaire et me donnait les cotons imbibés de désinfectant. Après, je devais aller tous les 2 ou 3 jours faire une prise de sang à 50 minutes de chez moi, c’était chiant, mais bon, je le faisais quand même. Une fois de plus, j’ai été chanceuse : je n’ai pas grossi, je n’ai pas eu d’effets secondaires suite à la prise de ces médicaments. Par contre, des moments de stress liés à l’anticipation du stock. Heureusement il y a une pharmacie genre centre commercial à la Rochelle toujours ouverte, toujours fournie.

Arrive le jour de la ponction, après plusieurs semaines de stimulation, c’était un moment que je redoutais car je n’avais jamais été anesthésiée. Par contre, l’opération était rapide et pas trop douloureuse au final. Pendant ce temps on a beaucoup ri car mon conjoint a dû (comme il dit) se « pignoler » dans une boite, alors qu’il y avait derrière lui la file d’attente des autres hommes devant faire la même chose que lui suite aux autres ponctions.

Quelques jours après, nous avons été au centre pour le transfert d’embryons. Nous avons appris que nos embryons n’étaient pas de très bonne qualité, malgré un recueil de 5 ovocytes. Ça a été un peu la douche froide, mais nous avons décidé de transférer 2 embryons avec le risque de gémellité que cela engendre.

Les 15 jours suivants ont été difficiles. C’est de l’attente avec espoir derrière, donc on fait n’importe quoi, on regarde les statistiques, on épluche les sites sur le sujet…  Pour ce qui me concerne, le 13ème jour je crois, j’ai vu du sang sur mon slip en allant aux toilettes au boulot. J’ai voulu attendre un peu car parfois, ce n’est pas révélateur d’une absence de grossesse, mais j’ai dû me rendre à l’évidence : j’avais bien mes règles. J’étais désemparée, j’avais une tristesse insondable. Le lendemain, j’ai littéralement sangloté dans ma voiture pendant toute ma pause au boulot. J’ai appelé une copine que je n’appelle pas souvent, (pourquoi elle, je ne sais pas…) je lui ai raconté ce que je vivais, après ça allait mieux, mais j’ai perdu confiance, et entrevu l’atteinte de mon objectif comme s’il s’agissait de quelque chose de lointain et inaccessible. D’où une tendance à broyer du noir pendant des semaines.

Ce qui a été dur, c’est de devoir faire quand même le test de grossesse alors que je savais que c’était fini pour moi. Ce n’est pas grand-chose, mais quand on estime qu’une partie est perdue, on a envie de sortir très vite de la piste de course.

Très vite aussi, nous avons pris rendez-vous pour analyser les causes de cet échec, avec le médecin. Je me rappelle avoir évoqué le don de sperme, ce qui avec le recul me semble fou, on avait juste échoué à une FIV. Mais le fait d’avoir échoué sur une grossesse et également de n’avoir aucun embryon exploitable était difficile je pense.

 

La 2ème FIV

RV a été pris pour février 2019, pour la même chose. Je n’avais pas très envie de tout recommencer. Je crois que cette fois ci, j’ai mis moins d’espoir, d’entrain à la chose, j’étais plus détachée. Et c’est peut-être ce qui a fonctionné, d’ailleurs. Médicalement, le médecin a aussi davantage stimulé, donc a augmenté mes doses, pour que le nombre d’ovocytes recueilli soit supérieur. D’où une hyperstimulation ovarienne. Je me rappelle que le jour où cela nous a été annoncé, c’était la remplaçante du docteur, quelqu’un de très froid. Elle ne nous a pas expliqué les conséquences alors qu’on était samedi et je devais en principe être ponctionnée le lundi. Tous deux on a dit « euh… qu’est-ce que ça signifie en fait pour nous ? ». Finalement rien de grave heureusement, la ponction a été maintenue, et a bien marché.

Lors du transfert, cette fois ci, le biologiste nous a annoncé entre 2 portes dans un couloir (véridique) que nous avions 1 embryon « superbe » et 4 autres « très beaux ». On est partis sur l’optique de ne pas jouer avec la nature si cela était possible, on a donc transféré 1 seul embryon et congelé le reste. Lors du transfert on est tombés sur le docteur froid qui ne m’a même pas mis de serviette ou de lange, histoire de préserver le peu d’intimité qu’il me restait, ce qui nous a bien fait rire avec mon conjoint !

Le cœur de notre entente pendant ces épreuves, cela a été sans hésiter l’humour. On a toujours ri : dans la salle d’attente, entourés de couples mutiques, dans l’hôpital… Je crois que ça peut réellement apporter beaucoup de bien.

J’avais un énorme ventre à cause de l’hyperstimulation, pendant les 15 jours, si bien que j’avais l’impression qu’il se passait des choses. Avant le test, et aussi avant le transfert, j’ai déposé un cierge à l’église. Le jour du test, je suis rentrée exceptionnellement du travail pour ouvrir le document avec mon conjoint. On avait un bon pressentiment. Et finalement, j’étais enceinte, avec des taux hormonaux assez élevés. C’était irréel de se sentir enceinte. C’était un état de bonheur que je ne croyais pas fait pour moi. Au début, on y pense tout le temps, on se réveille le matin « je suis enceinte ! ». On n’ose y croire, car on a été habituée à se méfier des pseudos bonnes nouvelles médicales.  Puis peu, à peu, comme tout, la force du quotidien permet de se faire à cette idée, de se l’approprier.

Il y a quelque chose qui m’a semblé important par rapport à la PMA :

-> donner à ma fille le nom de mon conjoint. J’avais envie de donner nos deux noms. Mais le fait que mon conjoint d’une part, ne soit pas tombé enceinte et ressente le besoin de transmettre son nom en tant que signe de paternité, d’une part, et que le processus de PMA soit artificiel et ne lui permette pas forcément de conceptualiser le processus de fertilité, m’a fait penser qu’il avait droit à cela.

-> ne pas connaître le sexe jusqu’à la naissance : vu que la PMA était un processus assez artificiel malgré tout, cela m’a fait du bien d’avoir une surprise à la naissance.

-> parler de la PMA sans gêne aucune : cela a été sain et important pour moi de révéler la PMA à mes proches une fois que nous avions annoncé la grossesse.

J’ai accouché d’une petite fille en décembre 2019 après une grossesse et un accouchement que je pourrais qualifier d’idéaux tant ils ont été normaux, sans encombre, sans trop de douleurs. Aujourd’hui elle va bien, elle a 2 ans 1/2 et est une petite fille mignonne et éveillée.

La question du 2ème enfant

La question d’un 2ème enfant se pose toujours, nous y songeons sans être certains de le vouloir, mais nous devons nous décider car nous arriverons rapidement aux 5 années à l’issue desquelles les embryons congelés seront détruits (et j’ai 36 ans) … La question s’est posée de manière un peu plus brutale début 2021, lorsque contre toute attente je suis tombée enceinte naturellement. Ce n’était pas du tout le moment, j’étais fatiguée et un peu déprimée, notre vie était compliquée, et nous avons rapidement décidé de ne pas garder le bébé. Ce fut une décision très compliquée à prendre car on a l’impression d’avoir un cadeau sur un plateau d’argent et de le refuser.

Conclusion

Après ces différents évènements, j’envisageais de témoigner sur FIV.FR. J’ai continué à correspondre avec une jeune femme pour laquelle la première tentative n’a pas fonctionné. Mais au fur et à mesure, j’avais envie aussi de penser à autre chose, de ne pas systématiquement me ramener à cette période structurante et constructive mais malgré tout douloureuse de ma vie. Je suis consciente après coup de ma très grande chance d’avoir seulement attendu entre 6 mois et 1 an avant de réussir à tomber enceinte. Mais d’un autre côté, la PMA avec un enfant, on apprend à l’oublier.

Ceci étant, je suis contente de témoigner et de rendre grâce au site FIV.FR parce qu’il m’a permis d’obtenir des réponses à mes questions et de me mettre en contact avec des jeunes femmes dans une position similaire à la mienne qui me comprenaient.

Si je devais faire les choses différemment : je pense que je n’irais pas autant sur internet pour éviter d’avoir trop de stress. Il faut trouver le bon dosage.

Je vous souhaite de tout cœur de trouver et de réaliser votre rêve.

Cécile

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