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Le témoignage de Camille enceinte après 2 FIV et une IMG

Notre projet d’enfant débute avec mon conjoint au Printemps 2017. Agés de 31 et 33 ans, nous sommes en couple depuis 10 ans. Nous avons profité de voyager et nous avons tous les deux un emploi stable, ce désir d’enfant s’impose à nous, naturellement.
Au bout d’un an, toujours rien, à cette époque, je ne suis pas spécialement inquiète, nous savons que cela peut prendre du temps. Nous décidons de laisser passer l’été et de consulter ma gynécologue en Septembre.

Les premiers examens

A la rentrée, la gynécologue nous prescrit un bilan de fertilité complet (échographie, Hystérosalpingographie, spermogramme, etc…). Les premiers résultats sont rassurants, elle ne détecte aucun problème particulier. Comme nous essayons d’avoir un enfant depuis un an et demi, elle nous oriente vers une gynécologue spécialisée en PMA. Je quitte son cabinet, rassurée, lors de notre dernière consultation, elle me dit : « ne vous inquiétez pas, vous n’avez rien de grave, parfois il suffit juste d’un petit coup de pouce ».

En Janvier 2018, nous avons donc rdv avec cette nouvelle professionnelle, elle regarde tous nos examens et trouve que les résultats de mon Hystérosalpingographie ne sont pas complètement normaux. Elle suspecte une Endométriose et me demande de repasser une échographie de l’utérus et des ovaires dans un cabinet spécialisé.

Un diagnostic d’endométriose sévère

A l’échographie, le verdict tombe : lésions d’Endométriose superficielles et profondes. Je n’ai jamais eu de grosses douleurs mais l’Endométriose a probablement altéré ma fertilité. Je suis orientée vers un chirurgien qui me conseille une intervention chirurgicale par coelioscopie. D’après lui, compte-tenu de mon âge (je viens d’avoir 33 ans), l’intervention pourrait me permettre de tomber enceinte naturellement.
J’accepte l’intervention et suis opérée en Avril 2019. A mon réveil, le chirurgien m’explique que les lésions étaient beaucoup plus importantes que celles vues à l’échographie et l’IRM (cela arrive dans 20% des cas). Je suis atteinte d’une Endométriose sévère avec notamment des lésions digestives conséquentes. Le chirurgien est rassurant, l’intervention a été lourde (3H30 au bloc opératoire) mais elle s’est bien passée. Il a réussi à retirer toutes les lésions. Au bout d’un mois et demi, je suis complètement rétablie.
D’après lui, je peux tomber enceinte naturellement, il me donne un délai de 9 mois à un an pour tomber enceinte. Si passé ce délai, aucune grossesse ne survient, il faudra avoir recours à une FIV.
En parallèle à ces recommandations, et comme cela fait deux ans que nous essayons d’avoir un enfant, ma gynécologue nous propose de tenter des Inséminations Artificielles, pour nous permettre de gagner un peu de temps. Nous acceptons plein d’espoir, et à ce moment-là, nous pensons que le plus dur est passé.

Le début de parcours en PMA

De Juin à Octobre 2019, nous tentons 4 IA, découvrons les protocoles de PMA et leurs contraintes (injections hormonales quotidiennes, prise de sang et échographies toutes les 48H…), sans résultat, aucune grossesse.
Après ces échecs, je commence à trouver le temps long, cela devient plus difficile moralement. Je ne supporte plus les réflexions de notre entourage : « ne vous inquiétez pas, cela va bien finir par venir », « vous y pensez sans doute trop », « je connais untel pour qui ça a marché au bout de 2 ans », ou encore les personnes qui cherchent à nous donner des conseils : « vous devriez partir en vacances », « vous devriez peut-être encore attendre avant d’avoir recours à la PMA ». Je me sens isolée. J’ai l’impression que notre entourage ne comprend pas ce que nous vivons et minimise le problème. A l’époque, pouvoir échanger avec une collègue ayant été confrontée à la même problématique m’a beaucoup aidé.

En novembre 2019, ma gynécologue pense qu’il ne sert à rien de poursuivre les IA et nous propose de démarrer un protocole de FIV. Nous acceptons avec enthousiasme, y fondons beaucoup d’espoir et y voyons enfin, le moyen de répondre à notre désir d’enfant.

Le recours à la FIV

Le protocole de FIV se déroule bien, si ce n’est que je fais une sur-stimulation ovarienne. Avant la ponction de mes ovocytes, nous savons déjà que je ne pourrai pas avoir la réimplantation d’un embryon au bout de 5 jours. Il faudra patienter deux mois supplémentaires et avoir un Transfert d’Embryon Congelé.
Le jour de la ponction arrive, 13 ovocytes prélevés dont 8/9 d’une taille suffisante pour être fécondés. Le gynécologue nous explique que ce sont de bons résultats, nous sommes confiants et espérons obtenir 3 à 4 embryons J5 (Blastocytes).
Le laboratoire m’appelle à J5, c’est la douche froide. Un seul embryon a pu être cryoconservé, les autres ne se sont pas bien développés.
S’en suit un long entretien avec ma gynécologue qui m’explique que ces résultats ne sont pas bons par rapport au nombre d’ovocytes prélevés. Elle ne peut rien assurer mais il est possible que l’Endométriose ait altéré la qualité de mes ovocytes. Elle me fait entendre que mes problèmes sont sérieux, que l’équipe de PMA fera tout son possible mais qu’aucune grossesse n’est assurée. Elle m’explique également que si je dois avoir une deuxième FIV, il serait d’abord préférable de mettre mes ovaires « au repos ». Une sorte de mise en ménopause pendant quelques mois avant un nouveau protocole de FIV, pour tenter d’améliorer la qualité de mes ovocytes.

L’épuisement moral

Je sors de l’entretien littéralement anéantie. J’avais beau connaître les taux de réussite des FIV, jusqu’à présent, je m’étais toujours dit qu’il s’agissait d’une question de temps, qu’une grossesse finirait par aboutir. Avec cette consultation, je prends réellement conscience que, peut-être, nous n’arriverons pas à avoir d’enfant.

Après ces résultats, je rentre dans une période difficile, c’est la fin de l’année, encore une année écoulée, sans grossesse. De plus, durant cette même période, plusieurs couples d’amis proches nous annoncent qu’ils attendent un enfant.
Je vis de plus en plus mal ces annonces, partagée entre jalousie et profonde tristesse. Chaque annonce nous renvoie à nos échecs, à nos difficultés. Je me force à les féliciter mais le cœur n’y est plus. Je ne pose aucune question sur le déroulement de leur grossesse, la date du terme, le sexe du bébé, etc… Je préfère ne rien savoir pour m’aider à me préserver.

Nous arrivons au jour du TEC. Je garde espoir mais je me fais peu d’illusion, je me dis qu’il serait exceptionnel que je sois enceinte, dès la première tentative. Les 13 jours passent jusqu’à la prise de sang. Le jour des résultats, je suis persuadée de ne pas être enceinte. Durant les jours d’attente, j’ai organisé un séjour au ski pour le mois suivant, j’ai préparé un sac de sport pour me rendre à la salle le soir même des résultats, en cas d’échec.
Je reçois les résultats par mail en début d’après-midi, à ma grande surprise, je suis enceinte. Mon conjoint et moi n’arrivons pas à y croire, nous restons prudents mais nous sommes déjà très heureux.

Les montagnes russes

Le premier trimestre de grossesse se déroule facilement : aucune nausée, aucun problème particulier, à signaler. A la fin du 1er trimestre, je me rends seule à l’échographie de datation (1er confinement oblige). Lors de cette échographie, le ciel me tombe sur la tête : la mesure de la clarté nucale est très augmentée (4,2 mm), le fœtus peu mobile, et absence d’Os Propre du Nez au niveau de la face. L’échographiste suspecte un fort risque d’anomalie chromosomique (une Trisomie).
Dès le lendemain, je suis orientée à l’hôpital pour réaliser une amniocentèse. J’ai passé la journée précédente et la nuit à pleurer. J’ai beaucoup de mal à faire face, mon conjoint et moi sommes abasourdis. L’hôpital refait une échographie complète avec les mêmes conclusions, problème, ils ne peuvent pas pratiquer l’amniocentèse, la ponction serait trop dangereuse (problème de positionnement de l’utérus). Un rdv m’est redonné une semaine plus tard afin de voir si l’examen est possible. Si ce n’est pas le cas, il faudra patienter 3 semaines supplémentaires pour que l’amniocentèse puisse être réalisée.

L’interruption médicale de grossesse

La semaine suivante, l’amniocentèse peut finalement être réalisée. Les résultats tombent au bout de 48 heures, le diagnostic de Trisomie 21 est confirmé. Il s’agit « d’une anomalie d’une particulière gravité et incurable », une Interruption Médicale de Grossesse nous est donc proposée, que nous acceptons. Je suis à 15 Semaines d’Aménorrhées, nous ne pourrons pas garder ce bébé tant désiré, un garçon.
L’équipe soignante nous explique que j’ai dépassé le délai pour bénéficier d’une IMG par chirurgie/aspiration. Je vais devoir avoir un déclenchement avec un accouchement par voie basse. Encore une épreuve (2 nuits d’hospitalisation en maternité, 10 heures en salle de naissance, pose de péridurale, etc…). Avec mon conjoint, nous avons le sentiment d’être pris dans un véritable cauchemar, que cela ne va pas s’arrêter. Heureusement, dans ce moment difficile, nous avons pu compter sur le soutien de l’équipe soignante, les sages-femmes qui m’ont prise en charge ont été très soutenantes et empathiques.

Tenir bon

De retour à la maison, je reprends mon travail au bout de 10 jours, j’ai besoin d’avoir l’esprit occupé, de me concentrer sur autre chose. A ma reprise d’activité, s’en suit un mois et demi très éprouvant. Je dors très mal, j’arrive à assurer mes journées de travail mais je pleure très régulièrement le matin avant de partir et le soir en rentrant.
Au bout d’environ deux mois, je commence à me sentir mieux. Je suis moins déprimée, je sens que je remonte la pente et la perspective d’une nouvelle FIV me redonne de l’espoir.

Une nouvelle FIV

Juillet 2020, nous nous lançons dans la 2ème FIV. De nouveau, le protocole se déroule bien mais comme pour la 1ère, je fais une sur-stimulation ovarienne. Il faudra donc attendre deux mois pour avoir la réimplantation d’un embryon.
Le jour de la ponction arrive, 11 ovocytes prélevés dont 8 de tailles favorables à la fécondation. Nous attendons fébrilement J5, espérant au moins avoir 2 embryons. A J5, le la laboratoire m’appelle, 4 embryons (Blastocytes) ont pu être congelés. Nous sommes contents, cette bonne nouvelle nous permet de patienter plus sereinement jusqu’en Septembre.

L’été passe, les vacances nous ont changé les idées. Nos couples d’amis qui attendaient un enfant, les ont eus au cours du Printemps. Je préfère être franche avec eux et éviter de voir les nouveau-nés. Je me sens mieux, je me concentre sur la future implantation d’un embryon, je n’ai pas le courage de subir une baisse de moral en étant confrontée aux bébés. Je sais que cette attitude peut sembler égoïste mais nos amis comprennent et cela me paraît plus sain de leur dire ouvertement.

Septembre 2020, nous y voilà, j’aborde le 2ème TEC plus sereinement que lors de la 1ère tentative. Cette fois-ci, j’essaye vraiment de me convaincre que cela va fonctionner. J’y crois et si c’est un échec, nous savons qu’il nous reste 3 embryons pour d’autres tentatives.

Une nouvelle grossesse

Après le transfert, je réalise 2 tests de grossesse « à détection précoce » à J8 et J10, les résultats sont positifs, qui seront confirmés à J13, par une prise de sang. Nous sommes tellement heureux et soulagés avec mon conjoint. Les trois 1ers mois, sont bien sûrs stressants (peur de la fausse couche, attente de l’échographie du 1er trimestre…). A 12 semaines de grossesse, nous réalisons l’échographie et l’amniocentèse, même si la Trisomie 21 est une anomalie « accidentelle », nous préférons pratiquer l’examen pour écarter tout risque et vivre le reste de la grossesse plus sereinement.

Aujourd’hui, je suis enceinte de 8 mois, ma grossesse s’est déroulée normalement et facilement. Nous avons tout simplement hâte que notre bébé arrive. J’ai tenu à témoigner avant l’arrivée de notre enfant pour clôturer ce chapitre de notre vie, fait à la fois de doute, d’espoir et de désillusion. Témoigner m’aide à tourner la page de la PMA et bien sûr, j’espère que mon témoignage pourra donner un peu d’espoir aux couples également confrontés au tourbillon de la PMA.

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