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Le témoignage de Jennifer, des jumeaux avec une FIV avec don de sperme en France

Qui nous sommes-nous ?
Un couple de 38 et 44 ans qui a fêté ses 10 ans en septembre 2019 en mangeant une crêpe pendant une fête de quartier.

Décembre 2015
Nous sommes en couple depuis 6 ans et ça fait 4 ans que je tente de convaincre ma moitié de mettre en route les enfants. Seulement l’année prochaine j’ai 35 ans et là je le mets au pied du mur : « on s’y met maintenant ou c’est terminé entre nous » et il accepte !

Juillet 2016
Le test était positif ! Notre joie est de courte durée, fausse couche spontanée à 7 semaines. Mon corps s’écroule de fatigue. En tout cas une chose est sûre, je sais maintenant pourquoi il faut attendre la fin du 1er trimestre pour l’annoncer. Les fausses couches sont extrêmement fréquentes. Peu de femmes échappent à la règle. OK. Petit à petit la vie reprend et finalement j’accepte de reprendre les essais.

Janvier 2017
Je commence à être inquiète, enfin c’est surtout mon âge qui m’inquiète. 36 ans cette année, mon dieu…
Sur tous les forums des jeunettes de 19 ans s’inquiètent : elles ont fait l’amour le mois dernier avec l’homme de leur vie rencontré il y a 6 mois et ça n’a pas marché « Cé normal vou pensé ? »
…pfff je dois absolument arrêter de lire les articles sur le sujet de la fertilité, plus j’en lis, plus j’angoisse !
De toute façon, la gynéco me l’avait dit: « normalement on dit qu’il faut attendre un an d’essais avant faire des examens mais si dans 6 mois ça ne fonctionne pas, revenez me voir ».

Mars 2017

La gynéco m’avait prescrit les « examens habituels » : dosages hormonaux, sérologies, hystéroscopie, quelques vérifications de routine et puis aussi une ordonnance pour monsieur « parce qu’un enfant, ça se fait à deux ».

Nous avons fait tous les examens et nous avons reçu les résultats à la maison…c’est un peu étrange on ne comprend pas ce qu’on lit.

« Madame, vos examens sont bons, vous avec des myomes mais ils ne sont pas gênants, pas d’inquiétude à avoir, votre réserve ovocytaire est bonne, vos dosages sont dans la norme, tout va bien. Par contre monsieur, les nouvelles sont moins bonnes, …azoospermie… traitement hormonal… nouveaux examens… service de PMA… rdv à l’hôpital… »

Ce jour-là, le ciel nous est tombé sur la tête. L’homme est devenu muet et moi je me suis mise à parler pour 2.

Pour ne rien arranger, à l’hôpital, ils ne sont pas complètement raccord :
– Premier rendez-vous avec la gynécologue en charge de notre dossier : « Ok, on va faire faire des examens plus approfondis à monsieur. Avec un peu de chance on pourra faire une tentative de FIV d’ici l’été »
– Premier rendez-vous avec le médecin de monsieur : « Bon, je vous propose un traitement afin de tenter de remettre les choses en ordre chez vous. Nous vous recommandons aussi de prendre quelques nouvelles habitudes en termes d’alimentation : moins de café, plus de fruits secs et de légumineuses…revenez dans 6 à 9 mois…

Octobre 2017
« Malheureusement, il n’y a pas d’évolution dans les résultats de monsieur. On aura surement un meilleur résultat avec une ponction. On lance une ICSI au début de votre prochain cycle pour faire la fécondation le jour de la ponction madame. Par contre il faut refaire les examens ils sont trop anciens. »

Novembre 2017
Je découvre les joies des piqures quotidiennes, rien qu’à voir une aiguille l’homme tourne de l’œil, il a fallu se débrouiller toute seule. Prises de sang tous les 2 jours, échographies régulières avant d’aller bosser, évolution des dosages, ravitaillement à la pharmacie de garde pour pas se trouver à sec, mais bon, on approche du but.

Décembre 2017

Pour ma ponction les résultats sont super : 33 ovocytes collectés et une hyperstimulation en prime (2 semaines de souffrances que je ne souhaite à personne !)

Ils n’ont rien trouvé à la ponction de l’homme.

« Madame, Monsieur, il va falloir envisager le don de gamètes. Il faut vous inscrire au CECOS de Paris 14ème » …Oh là, on ne l’avait pas vu venir celle-là… OK, quel est le délai d’attente ? « 1 an »

2 ans qu’on est dans cette histoire et on repart pour 1 an ? Nous sommes tellement impuissants face à la situation.
L’homme noie son chagrin dans le sport et le bricolage. Je commence à perdre pieds.

Au travail, 7 personnes dans mon service, 5 femmes, 3 sont enceintes…en même temps.

Mars 2018
Rendez-vous au CECOS. Dans un tout petit bureau un homme enrhumé nous regarde. Il nous scrute même, tout en reniflant.
« Qu’est-ce qui vous a amené chez nous ? » A votre avis ? On a trouvé la porte ouverte ?

« Vous savez 1 an c’est plutôt court étant donné les circonstances, si monsieur avait été asiatique ça aurait été plus long croyez-moi »

« Que pensez-vous du fait que l’enfant ne sera pas génétiquement le vôtre monsieur ? Il va falloir y réfléchir ! »

« Vous allez avoir une procédure à suivre, des examens à passer (encore ?), un entretien avec un psychologue, et puis aussi il va falloir prendre un rendez-vous avec le juge des affaires familiales. Cette paillette et tous les enfants qui pourraient être conçus grâce à elle doivent être reconnus devant un tribunal. »

« Le manque de donneurs nous pousse à réduire l’attente des gens qui viennent avec un candidat. Si vous connaissez quelqu’un qui est d’accord, on peut réduire le délai de 6 mois »

Ah bon ? Mais moi des ovocytes j’en ai 33 ? Je ne peux pas en donner ? Je n’en reviens pas d’être en train de négocier du matériel génétique.

« Non madame, vous devez faire vos enfants d’abord, et puis il y a une limite d’âge pour être donneur ou donneuse »

Il relève nos caractéristiques physiques, nous répondons à un questionnaire de santé, « Rappelez-nous dans 12 mois ».

Je pose des arrêts, je ne sais plus me lever, je n’en ai pas le courage, pas la foi et puis d’ailleurs, pourquoi me lever ? Surtout pas pour voir grossir mes collègues ni pour les entendre parler de leurs dernières échographies. Même plus envie de voir nos amis auxquels l’homme refuse que je dise ce qui se passe. Je m’en fiche, je meurs petit à petit, j’ai le droit d’en parler à mes amies mais c’est dur.
Nous finissons chez une psy parisienne spécialisée : 70€ la séance, 3 séances pour pas grand-chose.

L’homme, qui me voit m’éteindre me dit : « allons voir à l’étranger comment ça marche. Un médecin m’a parlé d’une clinique à Barcelone très bien en plus une de ses amies y travaille. » Je me renseigne, il y à l’Espagne, la Belgique aussi. Sur un forum je lis qu’en Espagne, il y a surtout des hommes du type latin, l’homme est roux, va pour la Belgique.

Août 2018
Nous sommes dans un hôpital en banlieue Bruxelloise, 2 rendez-vous dans la journée gynéco + psy.
Nous expliquons encore une fois la situation. Je commence à regretter, que faisons-nous là ? Nous ne sommes qu’un dossier de plus dans un océan de couples désespérés. La moitié du délai d’attente au CECOS est passé. Il faut refaire les examens, je suis lasse que la terre entière visite mon utérus sans la moindre considération, je suis lasse de subir tous ces examens alors que je n’ai aucun problème !

Le rendez-vous chez le psy par contre est un vrai soulagement, un peu d’air dans cette noyade qui dure depuis 2 ans. Les vrais questions pratiques, de vraies pistes de réponses et de réflexions. Nous repartons avec 2 certitudes : La première, on peut le faire, la seconde, pas en Belgique, en France, 6 mois d’attente, ok.

Au passage dans le train, je rencontre une très bonne amie à moi quelle coïncidence, j’apprends qu’elle fait la même démarche que nous, seule. Elle apprend nos déboires.

Décembre 2018
Paillette ? Check
Il faut encore refaire les examens, sauf que cette fois-ci, mes résultats ne sont pas bons. « Vous avez des myomes madame, il faut faire retirer ceux qui sont gênants » et les autres ? « non, on n’y touche pas, ça risque de fragiliser l’utérus, et un utérus cicatriciel ce n’est pas idéal »

Avril 2019

Paillette ? Check / Utérus ? Check
« Commencez le traitement, transfert prévu en mai 2019 »
Le traitement avant transfert c’est une usine à gaz, jour 1 à 6 puis jours 7 à 12 puis jour 14 attention pas d’erreur hein etc… vous avez bien compris le traitement madame ? Oui oui.

31 Mai 2019

J’ai un accident de voiture, elle est bonne pour la casse, je suis choquée mais je vais bien, sauf que c’est le jour 14, je m’en rends compte 2 jours plus tard que je me suis trompée… « On va être obligés de stopper la procédure madame, rappelez-nous quand votre cycle reprend, ne vous inquiétez pas ça arrive » Je m’en veux, mon compagnon est hors de lui et il m’en veut aussi. Nous sommes encore seuls face à tout ça.

Dans notre malheurs 10 embryons nous attendent et c’est un bon résultat.
Ensuite, 2 transferts de 2 embryons, 2 échecs, 2 coups de poignards
Nous ne comprenons pas ces échecs que se passe-t-il ?

Janvier 2020
Suite aux nouveaux examens, la conclusion est démoralisante « peut être que c’est dû aux myomes extra-utérins que vous avez, ils sont gros quand même, ils sont peut-être gênants », opération prévue en février 2020

Pendant le confinement
Nous sommes encore dans le délai de cicatrisation, nous reprendrons contact avec l’hôpital en aout prochain pour une potentielle nouvelle tentative. Il nous reste 6 embryons.

Heureusement, l’opération a eu lieu juste avant le confinement, et dans cette période de cicatrisation confinée, nous pensons à autre chose et ça fait un bien fou.

Tout ce temps passé à attendre, attendre le prochain cycle, la prochaine dispo du médecin, la prochaine étape du processus. C’est épuisant mentalement, ça nous a souvent mis à terre.

Comme si ça ne suffisait pas, certaines personnes m’ont dit d’abandonner, que « si la nature (ou pire « Dieu ») refuse, il ne faut pas forcer… » D’autres continuent de demander quand on va s’y mettre, « parce que quand même tu ne rajeunis pas ». Ces gens ne savent pas de quoi ils parlent. Ils n’ont pas idée de la condescendance de leur approche.

Ils ne savent pas ce que ça veut dire de sentir son ventre éternellement vide, de voir les familles des amies, des petites sœurs, des petites cousines s’agrandir sans n’avoir rien à annoncer pour nous.

Ils n’ont pas la moindre conscience du vide que ça provoque dans notre vie, dans notre cœur. D’ailleurs certains ensuite ont des enfants et ils ne m’adressent plus la parole.

Voir ses règles revenir chaque mois comme un rappel, une punition toujours plus invalidante car dans mon cas, 38 ans + pas d’enfants + femme noire = utérus polymyomateux = Ménorragies (règles hémorragiques) sans aucune possibilité de calmer les choses avec la pilule car « ce n’est pas l’objectif ». Je vous épargne donc les opérations repoussées car anémie ferreuse trop importante, la fatigue, la suspicion d’asthme que ça a déclenché. On pense rarement aux dommages collatéraux.

Le mariage

Alors je termine juste en disant que dans notre malheur, cette épreuve nous a soudés ! Nous nous aimons, nous nous battons ensemble et nous finirons notre vie ensemble. D’ailleurs, après avoir repoussé plusieurs fois, nous avons décidé de nous marier, nous lançons l’organisation on verra, soit je suis enceinte, soit pas, peu importe tant que nous sommes ensembles.

Octobre 2020

Suite à l’opération subie, nous avons lancé un nouveau protocole TEC (2 J5 transférés).

C’est reparti pour les piqûres mais ce protocole a fonctionné !

La grossesse

Les 12 premières semaines de grossesse ont été infernales de gêne, de douleurs et d’appréhension sur l’avenir de la grossesse. Piqûre d’hormone tous les 3 jours (ça fait un mal fou), plus les comprimés quotidiens.

Ensuite une fois confirmée nous avons attendu les résultats des différents tests type trisomie et une fois rassurés nous l’avons annoncé à 4 mois. De toute façon ça commençait franchement à se voir.

Une grossesse gémellaire c’est dur, extrêmement fatiguant (40 ans ce n’est pas un âge idéal pour tout ça), je n’en suis pas totalement remise…mais je m’en fiche. Nous regardons pousser nos 2 miracles et nous n’en loupons pas une miette.

Juin 2021

Nos 2 petits choux sont nés à 36SA en juin dernier et sont en parfaite santé.

Conclusion

Évidemment, c’est crevant des jumeaux, il faut en avoir conscience quand on vous pose la question. « On tente 2 embryons messieurs dames ? » Nous avons été peut-être un peu naïfs sur ce coup-là. En plus, il n’est pas totalement vrai de dire qu’on oublie le parcours le jour où ça fonctionne. En tout cas ce n’est pas vrai pour moi. Mais au final, malgré la fatigue, le bonheur est là et petit à petit je l’espère, la blessure se refermera.

Nous avons un petit espoir de recommencer l’année prochaine (avec un seul embryon cette fois !). Mais de fait nous nous mettons moins la pression. Si ça ne fonctionne pas tant pis.

En tout cas je n’ai qu’une chose à dire : attention à ne pas trop s’abîmer sur le chemin. Nous rêvons d’avoir des enfants mais ensuite c’est le chemin de la parentalité que l’on emprunte et il n’est pas aisé.

Voilà pour nous.

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