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Le témoignage de Julie, 6 IAC, 1 FIV, une hyperstimulation et une petite fille

Nous allons faire un bébé

Décembre 2015 sur un banc

Mon conjoint : « Et si on faisait un enfant ? »

Je ne m’étais jamais posée la question jusque-là. On était dans nos plus belles années, la trentaine, j’étais accro au sport et on sortait tous les week-ends.

Pourquoi pas, oui, ça serait le moment… Mais alors après notre voyage en Thaïlande pour que je puisse en profiter.

Comme s’il y avait eu une chance pour que je tombe enceinte en moins de 2 mois ! Visiblement, « tomber » enceinte, ça n’allait pas être un terme qui allait s’appliquer pour moi.

Août 2016, vacances en Espagne. Retard de quelques jours. Test. Rien. Les règles sont arrivées dans les 2 heures qui ont suivi. De là je suis rentrée dans la spirale infernale du calcul de mon ovulation et de la surveillance de mes règles. Qui sont devenues de plus en plus douloureuses et détestables.

Fin de l’été. Je discute avec une amie. Tiens, en ce moment ils essaient d’avoir leur second enfant. J’espère quand même être enceinte avant elle car le temps commence à devenir long. Sa gynéco lui a conseillé un rapport tous les 2 à 3 jours la semaine de l’ovulation. Quelle discussion maudite qui a bousillé notre vie sexuelle.

De là s’en sont suivis des mois de rapports forcés. Pour l’un comme pour l’autre. Lui à pleurer parce qu’il n’y arrivait pas. Moi à m’énerver parce que je n’étais pas « juste un corps ».

 

Rv avec le gynécologue

Mai 2017, rendez-vous gynéco.

Batterie d’examens en août, pas une mince affaire puisque j’en avais un tous les 3 jours. J’ai toujours très mal vécu les examens gynécos et voilà que ma vie s’apprêtait à tourner autour de ça.

Pour mon conjoint, sa participation biologique s’est limitée à une seule et même chose du début à la fin. Je lui ai souvent balancé à la gueule.

Pas grand-chose à déclarer si ce n’est une réserve ovarienne qui commence à faiblir. La recommandation est donc l’insémination. Ça tombe bien, car je n’irai jamais en FIV. Hors de question.

 

Les inséminations

Août 2017 première insémination. Gynéco inconnu. Il ne me dit pas un mot ni une explication. Tout ce que je comprends c’est que la canule ne passe pas et qu’il faut une pince. Acte indolore ? Pas vraiment non. Je finis en larmes sur la table. La prochaine fois, mon conjoint viendra à côté de moi pendant l’intervention. Après tout un couple, ce n’est pas fait que pour partager les bons moments.

Prise de sang pendant nos vacances en Sardaigne. On y croit car j’ai pris des seins. Négatif. Le coup dur. On s’assoit, assommés.

Octobre 2017 la deuxième. Négatif. De toute manière j’ai lu que ça fonctionnait mieux à la 3ème et 4ème.

Décembre 2017 la troisième. L’insémination est douloureuse et puis ça me fait encore saigner. Le soir même je suis prise de violentes douleurs au ventre. Résultats le 24, ça serait un joli cadeau de Noël. Négatif.

J’ai besoin de soutien. Je m’inscris sur forum.fiv.fr pour lire des témoignages.
Cette fois-ci je ne peux pas enchaîner le mois suivant, mes ovaires doivent se mettre au repos. En janvier on me met sous pilule pour le prochain cycle. Un comble, mais mon corps a besoin de se reposer.

En février, 2018 je me lance et je fais la rencontre virtuelle de 3 filles adorables qui ont eu plusieurs échecs d’insémination. C’est ce qui m’a sauvée. Pouvoir échanger avec des filles qui me comprenaient. Qui vivaient la même chose que moi. Qui étaient en colère. Qui pleuraient. Qui ne supportaient plus de voir les grossesses chez les autres. Qui avaient une force de dingue et qui se battaient. Qui se soutenaient entre elles. Je les remercie tellement.

Fin février 2018 la quatrième. Je fonds en larme pendant le RDV de contrôle des follicules. Ils sont deux, beaux, bien développés : tout est là pour une réussite, comme d’habitude. Je suis au travail quand j’ouvre les résultats reçus par mail. Il a fallu que je m’isole pendant une heure pour m’écrouler dans les toilettes.

Avril 2018 la cinquième. J’ai vu que les chances de réussite chutaient à partir de la 5ème. A quoi bon. Je la fais. Ne jamais dire jamais : je lance de moi-même le processus FIV en accord avec mon gynéco. Hors de question de perdre du temps. Je suis à bout. Négatif.

Juin 2018 la dernière. Je la fais pour la faire. Une de plus ou de moins… hein. Négatif. On part faire du vélo. Douleurs terribles, je suis pliée en deux.

Mon corps est épuisé. Mon moral ne suit plus. Tous ces mois à alterner piqûres, examens, privations, arrêter le sport, reprendre le sport à fond, me péter la santé, essayer de m’en refaire une, ne plus boire, me bourrer la gueule avec les potes pour profiter, une vie en pause un mois sur deux, une vie qui essaie de rattraper tout ce qu’elle a loupé le mois précédent.

J’ai des idées noires. Je ne supporte plus ce corps instrumentalisé. Je perds confiance en moi, j’ai tellement envie de vivre une grossesse. Qu’est-ce qu’il se passera si nous n’arrivons pas à avoir d’enfant ? Je sombre.

 

Direction la FIV tout en ayant encore besoin de soutien

Nous irons en FIV à Toulouse mais avec les délais de RDV nous devons attendre septembre. Il me faut un antidépresseur sinon je n’y arriverai pas. J’ai besoin d’aide, je choisis l’appel à un psy.

En parallèle, on commence à entamer les démarches pour adopter. La plupart de mes copines sont enceintes. J’ai du mal à les voir. Contre toute attente, je passe un superbe été à partir d’août, Deroxat a été mon meilleur pote parmi mes potes. Merci aussi aux vrais potes, et mes collègues de boulot qui m’ont beaucoup soutenue.

17 septembre 2018. Ok pour la FIV, notre dossier est accepté pour infertilité inexpliquée.

Il faut que j’arrête mon traitement 90 jours avant de commencer les stimulations hormonales. Et un traitement antidépresseur est conseillé sur 12 mois pour permettre de se stabiliser. Coup de massue.

Hé les gars, vous savez que je vais bientôt avoir 35 ans et que ma vie est en pause depuis plus d’un an ?

Séances de psy imposées par la PMA. On trouve un compromis, je dois avoir au moins couvert une période de 4 mois de traitement, même si 6 est très conseillé. Je décide d’arrêter mon traitement début novembre. C’est calculé au millimètre près pour pouvoir commencer un traitement dès la fin des 90 jours. Ça tombe bien, mes règles arrivent tous les 30 jours comme de vrais petits soldats.

Janvier 2019. Voyage au Sri Lanka. Ce sera peut-être le dernier avant longtemps, alors on explose le budget. Pour une fois, je ne me balade pas dans l’aéroport avec ma trousse réfrigérée de piqûres ni ma valise bourrée de boites de progestérone.

 

La 1ère FIV

18 février 2019. Ponction. Pas d’anesthésie, juste du gaz. Quoi ? Hors de question, mes copines de forum ont toutes eu une anesthésie générale. Je suis hyper réactive aux douleurs gynécologiques, je finis par avoir une anesthésie locale. 10 ovocytes. 9 embryons.

Appel de la clinique à J3. « Venez, on vous met un très beau J3. Il est magnifique. Il vous reste 7 embryons qui sont très bien partis. »

L’acte est réalisé en quelques secondes. Merci madame, ça fait du bien de la douceur, de l’humour, et des paroles encourageantes. J’étais plutôt habituée à pleurer pendant l’acte d’insémination, et là je me retrouve même à rire.

Vous savez quoi ? Pour une fois, je n’ai même pas saigné.

28 février. Des douleurs atroces au travail.

29 février, j’appelle le labo : « Tous vos embryons ont cessé de se développer. Il n’y a plus rien. » Coup de massue. J’ai un mal terrible au ventre et aux ovaires.

J’appelle le gynéco. « Vous devez venir tout de suite parce que le risque est que vous fassiez une hyperstimulation. »

 

L’hyperstimulation

Je suis hospitalisée immédiatement. Je passerai une journée à attendre mes résultats d’analyses dans une chambre du service maternité à entendre les cris des nouveaux nés et à écouter les pères se pavaner au téléphone dans le couloir.

Qui veut ma peau ?

J’ai lu qu’une hyperstimulation pouvait être entraînée par l’arrivée de nouvelles hormones alors je prie. J’espère. J’y crois.

Je suis enceinte.

J’ai un ventre de femme enceinte de 6 mois et le nombril qui dégueule. Mon ventre est rempli de liquides et mes ovaires suintent.

Je suis suivie une semaine à la clinique avec des contrôles échographiques et des prises de sangs quasi journaliers. Les douleurs sont très fortes.

J17 DPO 421 ui/l et J19 850 ui.

Échographie officielle le 3 avril 2019.

 

La grossesse

Je suis enceinte.

19 novembre 2019. Tu es là. Je te pose contre moi. Je te tiens dans mes bras. Je te serre contre mon cœur. Je te regarde. Tu es là. Je t’ai tellement attendue. Tu es belle.

Merci d’être venue jusqu’à moi.

Merci aussi à mon conjoint d’avoir su m’épauler dans ces moments difficiles. Merci à mes copines de forum, celles de galère, qui ont fini par tomber enceinte, et à mes nouvelles copines, celles dont l’accouchement était attendu pour novembre, celles qui ont partagé ma grossesse, mes doutes et mes joies.

Julie

 

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