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Témoignage d’Estelle : des jumeaux après un don d’ovocytes en République Tchèque

Le contexte familial

Nous avons tous un parcours différent mais notre but est le même : devenir parent et fonder une famille.

Ma famille est mon modèle. Mes parents sont soudés et ont eu 2 filles. Ma sœur a vite trouvé chaussure à son pied et s’est marié pour moi « jeune » à 25 ans en ayant déjà eu sa première fille à 23 ans.

Mon idéal était donc de fonder une famille avec un homme que j’aime plus que tout et 2 beaux enfants ayant une petite différence d’âge (car j’en ai 9 avec ma sœur) et entourés d’amis. J’avais également décidé que je profiterai de ma vie de couple, que je voyagerai et m’amuserai jusqu’à mes 30 ans pour ensuite fonder ma famille mais mon plan ne s’est pas déroulé comme je l’espérais …

Notre rencontre

L’homme de ma vie, je l’ai trouvé à 24 ans. Nous avons profité de notre vie avec nos amis et fait des voyages. Mais au moment où nos amis commencent à nous apprendre que la femme est enceinte, on commence nous aussi à se poser la question si on essaie ou pas. A l’époque j’ai 29 ans presque 30 donc je suis dans mon « timing ».

Six mois plus tard, j’apprends que je suis enceinte, c’est incroyable, tout se passe comme je le voulais. Un mois plus tard, je fais une fausse couche. Je ne suis pas si effondrée que ça car je suis fataliste : ma mère a perdu un bébé entre ma sœur et moi, ma sœur a fait une fausse couche à 3 mois la 1ère fois qu’elle est tombée enceinte. Je sentais à l’intérieur de moi que ça arriverait. Je suis très déçue mais je me dis, on repart et puis tout le monde nous dit que quand la machine a démarré une 1ère fois ça va très vite pour tomber enceinte une 2ème fois.

Un bébé qui tarde à venir

Oui mais … car il y a toujours un mais … ça n’arrive pas. Au bout d’un an, je vais voir mon gynéco pour lui expliquer que je commence à trouver le temps long. Quelques examens et quelques essais plus tard, toujours rien. Je retourne le voir et là on parle un plus longuement des examens que je dois faire et mon chéri aussi.

…Et le début de notre parcours PMA

On y retourne avec les résultats et là le couperet tombe. Mon chéri n’a qu’1% de spermatozoïdes en bonne forme et mobile. De mon côté, j’ai une insuffisance ovarienne. Il nous dirige vers la PMA. Mais qu’est-ce que c’est que la PMA ? A ce moment-là, on n’en sait rien du tout. On prend un RDV quelques semaines plus tard. Entre temps, merci internet et les différents sites, je me renseigne et je comprends que le bébé tant attendu ne sera pas naturel mais médicalisé.

1er RDV à la PMA. On nous explique ce qu’est la PMA. Par rapport à notre profil, on nous dirige directement avec une FIV ICSI. L’explication est très simple à comprendre et on sort du RDV avec l’impression que tout va bien se passer. Nous sommes fin janvier 2015 et on me propose de démarrer un protocole dès que j’aurai mes prochaines règles. On est ravi.

Et plusieurs échecs successifs

1er protocole, je ne réponds absolument pas à la stimulation. On arrête tout après 5 jours de stimulation. Erreur de « dosage » trop faible et blocage trop fort. J’étais sur un protocole long et on va me diriger sur un protocole court. Tout ça je le comprends après car la PMA n’a pas été très causante avec nous. Le protocole court est préconisé pour les femmes en insuffisance ovarienne.

Je descends de mon nuage du 1er RDV en PMA qui me laissait l’impression de facilité.

Nouveau protocole et nouvel essai en mai 2015. C’est mieux. J’ai 5 follicules et 3 ovocytes de fécondés mais après 3 jours, ils ne se développent plus. Là, très grosse claque dans la figure. Pas de vraie explication de la part de la PMA. Mais on comprend que ça va être très difficile.

Pause de 6 mois et reprise d’un nouveau protocole en novembre 2015. 4 follicules, 2 de fécondés et toujours aucun à j+5.

Échecs qui pèsent sur notre moral

C’est éprouvant pour le couple toute cette médicalisation et ces montagnes russes – sans parler professionnellement où il faut garder la face et dire que tout va bien. Au niveau des amis, c’est là que ça devient le plus difficile car sans le vouloir, on s’enferme sur soi-même. Autour de moi, des bébés, des mariages et encore des bébés. Je n’en peux plus, je ne veux plus les voir. C’est difficile psychologiquement de vivre leur bonheur alors qu’on n’arrive pas à avoir des enfants soi-même.

Nouvel et dernier essai en avril 2016. Je dis dernier essai car pour moi, « la fataliste », il ne faut pas s’acharner. Je me suis déjà renseignée sur les FIV DO que je commence à voir comme une alternative. Inconsciemment encore, je sais que ça ne fonctionnera pas. Toutes mes ponctions se sont faites sous anesthésie générale et pour cette dernière, l’infirmière me demande de penser à un lieu paisible pour m’endormir et moi je commence à pleurer en sachant que c’est la dernière fois que je vis ça. A mon réveil, la nouvelle tombe, aucun ovocyte, ponction blanche. C’est la fin.

Jusqu’au don d’ovocytes

Après avoir digéré la nouvelle quelques semaines, je reprends contact avec la PMA et on discute don d’ovocytes. Ça semble être la meilleure alternative. On nous explique que dans ma région, le délai est d’environ 2 à 5 ans.

Deux ans si je trouve une donneuse d’ovocyte et ça peut aller jusque 5 ans car la liste d’attente est longue. Ce qu’on nous explique aussi c’est qu’il y a des pays en Europe qui font des FIV DO. Qu’une partie est prise en charge par la Sécurité Sociale mais qu’une autre est à la charge du couple. Sans nous obliger, on nous explique qu’ils ont des échanges avec la République Tchèque et moins en Espagne. Et ensuite, on nous dit « au revoir ». On comprend que c’est ici que la PMA s’arrête pour nous en France.

J’essaie de prendre le maximum d’informations sur internet car honnêtement, je ne sais pas trop où aller et comment chercher. Je trouve quelques forums intéressants, quelques blogs de femmes qui ont eu recours à la FIV DO à l’étranger avec différents points de vue sur les cliniques en Espagne et en République Tchèque. Sans prendre en compte le délai interminable pour la France, je ne trouve pas beaucoup de témoignage de femmes qui ont eu des FIV DO en France. J’échange aussi avec quelques femmes sur leur expérience. Dans ce parcours, l’avantage c’est que nous sommes toutes passées par cette étape de découverte et de « Ou chercher ? » , donc on se soutient et on s’aide. Merci internet pour ça !

Et le choix du pays : Espagne ou République Tchèque ?

Attention, ce que je vais écrire ici n’engage que MOI, ce sont les ressentis que j’ai eus avec mes recherches.

Au niveau de l’Espagne, je trouve des défauts et des qualités :

Défauts : le coût, l’impression d’être une usine à bébé et quand on sort de la PMA avec ce côté impersonnel que j’ai eu, je n’ai pas envie que ça recommence.

Qualités : Expérience de la FIV DO reconnue, disponibilités pour faire une FIV DO rapidement.

Au niveau de la République Tchèque, je trouve aussi des qualités et des défauts :

Défauts : pays beaucoup moins reconnu par rapport à l’Espagne.

Qualités : mise en avant d’une donneuse pour un couple et pas de partage des ovocytes, échelle humaine, disponibilités pour faire une FIV DO rapidement, coût moins cher que pour l’Espagne.

Ce sera la République Tchèque

Nous avons décidé de choisir la République Tchèque. Nous avons sélectionné 2 cliniques : Sanus et Zlin. Les 2 cliniques sont très équivalentes en termes de service. Elles proposent des forfaits « Sans souci » qui prennent en charge le couple de l’arrivée en République Tchèque par avion ou voiture jusqu’au jour du départ avec l’hébergement en hôtel. Pour l’avion, il y a des chauffeurs qui nous emmènent de l’aéroport à la clinique ou l’hôtel.

Quand on ne connait pas le pays et que c’est la 1ère fois qu’on se rend à la clinique c’est très appréciable.

Après avoir eu quelques échanges avec les 2 cliniques, nous sommes allés à la clinique de Sanus uniquement pour des questions de disponibilités. Car il faut partir sur 1 semaine à cheval sur 2 c’est-à-dire du mercredi au mercredi. Notre seule disponibilité était au mois d’août pendant nos congés d’été et seule Sanus avait de la place à cette date.

Le parcours en République Tchèque

La décision a été prise en mai 2016. Ensuite, au niveau papier, nous avons fait une demande auprès de la sécu pour la prise en charge de la FIV DO à l’étranger. Si j’ai un conseil à vous donner et c’est celui qu’on m’a donné : garder TOUS vos examens, comptes rendus de FIV en PMA française car en plus des papiers obligatoires à fournir, il faut aussi justifier la nécessité de faire une FIV DO. C’est important et surtout ça permettra d’avoir un retour rapide de la sécu. Nous, en 2 semaines, nous avions l’accord.

Au niveau de la clinique, nous avons envoyé nos examens et aussi rempli un formulaire sur les caractéristiques de la donneuse. Il y a quelques critères que l’on peut demander comme la couleur des yeux, des cheveux, la taille, le poids, le groupe sanguin (important !), le niveau d’étude. On nous a demandé aussi d’envoyer des photos de notre couple.

Deux semaines plus tard début juin, on nous a proposé 2 profils. Uniquement sur les caractéristiques. Bien évidemment qu’on ne reçoit pas de photos des donneuses. Cela reste anonyme. C’est le moment « commercial » de la FIV DO où on a dû choisir comme dans un catalogue. Même s’il n’y avait que 2 profils ça m’a fait bizarre d’en choisir un pour en mettre un autre de côté.

En juillet la clinique reprend contact avec nous et nous donne le protocole de médicaments à prendre pour se caler avec la donneuse et la période où nous nous rendons en République Tchèque.

Nous avons décidé de prendre notre voiture pour aller en République Tchèque. Nous avons couplé ça avec nos vacances en passant par l’Allemagne et aussi prévoir de visiter un peu la République Tchèque.

La semaine s’est déroulée de cette manière : RDV le mercredi après-midi avec la correspondante francophone et le docteur pour discuter échanger. Signature des différents papiers, prise de sang pour mon chéri et examen gynécologique pour moi. Le docteur ne parle pas français mais il se débrouille bien en anglais donc il est possible d’échanger directement avec lui.

Jeudi matin, jour de la ponction et du recueil pour mon chéri avec ou sans ma présence.

Ensuite « vacances » ! On a profité du pays, de Prague jusqu’au mardi. En parallèle, tous les soirs, notre correspondante francophone nous envoyait un email pour nous donner les résultats de nos embryons.

Le premier soir, nous savions qu’il y avait eu 17 ovocytes de prélevés et 15 de fécondés. Le lundi soir, veille du transfert, nous savions qu’il en restait 6 au stade de blastocyste et nous avions l’heure du RDV pour le transfert le lendemain matin.

Transfert le mardi matin de 2 blastocyste de très bonne qualité avec le docteur et l’embryologue puis je suis restée allongée 2 heures à la clinique. Les 4 autres blastocystes ont été congelés. Ensuite repos toute la journée dans la chambre d’hôtel et départ le mercredi matin.

Jusqu’à la délivrance du résultat

2 semaines après prise de sang positive ! J’avais craqué et fait 2 tests de grossesse +++ quelques jours avant. Le taux explose le plafond : quasiment 9000 à j+14 du transfert. J’appelle ma PMA qui est heureuse pour moi et qui pense avec ce taux à des jumeaux. 3 semaines plus tard, échographie qui confirme que ce sont des jumeaux.

A moi les nausées, la fatigue, mais je suis / nous sommes tellement heureux que ça ait fonctionné.

Aujourd’hui, après 4 ans d’essais naturels comme médicalisés et enceinte de 30 semaines à presque 34 ans, j’ai commencé mon congé maternité. J’attends 2 garçons et tout se passe bien. Les nausées ont été bien présentes tout le long du 1er trimestre. Le 2ème trimestre vient de se terminer et il s’est très bien passé. Je retourne la semaine prochaine voir mes 2 bébés pour une échographie de contrôle du 7ème mois. Mon ventre s’est bien arrondi +8kg maintenant.

C’est une grande victoire pour nous. Moi qui ne voulais pas beaucoup d’écart entre mes 2 enfants, je crois qu’on ne peut pas faire mieux.

Je ne regrette pas du tout nos décisions. Je ne sais pas comment se déroulent les protocoles avec les autres cliniques mais j’ai apprécié cette expérience à Sanus.

Conclusion

Mon regret dans toute cette expérience est toute cette pression qu’on se met mais aussi ces moments de déprime face aux échecs et le fait qu’on n’ait aucune réponse à cette question : Pourquoi ça nous arrive à nous et pourquoi ça ne fonctionne pas ? alors qu’on a une vie saine et équilibrée par rapport à d’autres et aux horreurs qu’on peut voir dans les médias. Qu’on le veuille ou non, on met sa vie entre parenthèse pendant toute cette période et si je devais le refaire, j’essaierai de profiter plus de ma vie.

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