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Témoignage d’une donneuse ovocytes en France, deux belles rencontres

CECOS : Centre d’Etude et de Conservation des Oeufs et du Sperme humains

Fée : Donneuse d’ovocytes qui permet à une receveuse en attente d’avancer les délais dans la « file d’attente » (principe du don relationnel »

Châtaigne : La receveuse qui remontre dans la file d’attente et qui attend des ovocytes d’une autre donneuse

Bonjour, j’ai 29 ans, mon mari et moi sommes les heureux parents deux merveilleux petits garçons.

Eté AN1 : je suis en congé maternité, j’attends avec impatience mon premier bébé. J’ai conscience de faire partie des chanceuses, même si je ne mesure pas forcément à quel point. Pour mon homme et moi tout a été très vite, une belle rencontre en mai AAAA et la certitude de vouloir faire notre vie ensemble, fonder une famille ensemble. Arrêt de pilule en novembre, test de grossesse positif en décembre et une grossesse idéale d’un bout à l’autre. Et c’est durant mon congé maternité que s’est fait le déclic. Mon homme et moi on regarde régulièrement une toute nouvelle émission : « Toute une histoire » et ce jour le thème c’est le don de gamètes. Je pense que c’est ce jour-là que j’ai pris la pleine mesure de ma chance. Pourquoi la vie a-t-elle été si généreuse avec moi, qui ne le mérite pas forcément plus qu’une autre alors que d’autres femmes ne peuvent devenir mère sans l’intervention de la médecine, voire même parfois l’aide d’une autre femme ? Je me suis dit qu’un jour je ferai un don, histoire de rendre un peu de ce bonheur que la vie m’a donné.

L’idée de faire un don est restée dans un petit coin de ma tête durant plusieurs mois, mais j’ai attendu d’avoir sevré mon enfant avant de me lancer dans les démarches. Tout d’abord j’ai fait des recherches via internet, j’avais beau savoir que le don d’ovocytes existait je ne savais pas grand-chose de plus. J’ai appris qu’il y avait beaucoup d’examens à passer avant d’être acceptée par le CECOS et surtout j’ai entendu parler du système du parrainage. En fait les CECOS encouragent vivement les couples en attente d’un don d’ovocytes à amener une fée afin de réduire les délais d’attente. En région parisienne par exemple, un couple sans fée peut attendre 5 ans, alors qu’avec une fée il obtiendra un don en 6 à 12 mois. Je suis rapidement entrée en contact avec une jeune femme de ma région. Ménopausée à l’âge de 20 ans elle avait eu recours à un don d’ovocytes pour devenir mère. Après 5 ans d’attente (elle n’avait pas de fée) et 2 tentatives infructueuses elle a eu une petite fille. Quand je l’ai rencontrée elle venait de relancer un dossier afin de bénéficier d’un nouveau don et agrandir sa famille. Elle n’avait toujours personne dans son entourage pouvant ou voulant l’aider en faisant un don. On a très vite sympathisé et je lui ai proposé de la parrainer. J’ai donc appelé le CECOS dans lequel elle était inscrite et on m’a donné un rendez-vous 6 mois plus tard. J’ai été très surprise que ce soit si long, une fois lancée j’avais hâte de faire mon don. Elle-même avait rendez-vous au CECOS 15 jours après, quand elle a vu son médecin, elle lui a expliqué que sa fée était pressée, du coup on m’a proposé un rendez-vous un mois après.

Avant mon don j’ai fait une prise de sang pour réaliser le bilan hormonal à J2 et les tests de dépistages pour les maladies transmissibles et un frottis cervico-vaginal. Le but était de faire avancer mon dossier le plus vite possible. Lors du rendez-vous le médecin m’a expliqué les principes français du don : anonymat, gratuité, volontariat ; les étapes préalables au don : les rendez-vous chez les spécialistes et les examens à faire et le don lui-même traitement et ponction. Le médecin a pris note de mes caractéristiques physiques et m’a demandé de faire une prise de sang pour le caryotype et faire une échographie pour réaliser un comptage folliculaire. J’ai pu rapidement faire ces examens. Lors du second rendez-vous le médecin a établi mon arbre généalogique. J’ai également eu un rendez-vous avec un psychologue du CECOS. Après il ne restait plus qu’à attendre les résultats du caryotype et le passage en commission. Il a fallu plusieurs semaines pour avoir le feu vert du CECOS. Une fois obtenu on m’a envoyé les médicaments et le protocole pour le traitement.

J’ai eu une injection de pppp à faire à J1. Au bout de trois semaines j’ai fait une prise de sang pour les dosages hormonaux et une échographie, ça a permis de s’assurer que mes ovaires étaient bien au repos. Ensuite on a stimulé les ovaires afin d’obtenir plusieurs ovocytes matures (normalement à chaque cycle plusieurs ovocytes commencent un processus de maturation, mais seul un ovocyte arrive finalement à maturité). Pour cela je m’injectais tous les soirs à 19 heures de la FSH (hormone folliculostimulante) en sous cutané. Après 6 jours d’injection on a fait un premier contrôle : prise de sang pour dosage hormonaux et échographie pour compter les follicules et mesurer leur taille. Ce premier contrôle a montré 27 follicules avec des tailles allant de 6 à 15mm. Au bout de 10 jours et 2 autres contrôles j’ai déclenché l’ovulation par une injection d’HCG. 30 heures tard plus devait avoir lieu la ponction.

Le jour dit je me suis donc rendu au CECOS. J’y suis allée accompagnée d’une autre fée rencontrée sur un forum. On s’est donné rendez-vous sur le trajet. On s’est reconnues très facilement d’après nos photos. On a discuté tranquillement durant le trajet, puis on est arrivées au CECOS un peu avant 8 heures. Après quelques minutes d’attente on nous a installé dans une petite chambre avec sur le lit une blouse et des chaussons d’hôpital. Je me suis habillée et on a continué à discuter, c’est génial quand on voit quelqu’un pour la première fois et que le courant passe tout de suite. Une infirmière est arrivé et m’a fait une injection, un mélange de xxxx, yyyy et je ne sais plus quel autre produit.

On m’a envoyé aux toilettes, puis le moment d’aller en salle de ponction est arrivé, il s’agissait d’une petite pièce avec un fauteuil de gynéco, une lampe de bloc opératoire et une ouverture donnant sur une autre pièce d’où une infirmière donnait les tubes de recueil. On m’a installé sur le fauteuil, et on m’a laissé attendre seule un petit moment, j’avais une légère envie de dormir, je me sentais bien, détendue. Le médecin est arrivé, il a réalisé une désinfection, puis ça a commencé, il y a un écran sur lequel je pouvais suivre en direct, mais apparemment il y a un faux contact et parfois l’image s’éteignait, de toute façon j’avais laissé mes lunettes dans la chambre donc à part des taches noires je ne voyais pas grand-chose. Le médecin a commencé par l’ovaire droit, ça piquait un peu mais je m’attendais à bien pire, elle a piqué plusieurs fois puis on est passé au gauche, il est un peu haut m’a-t-elle dit donc l’infirmière a appuyé légèrement sur mon ventre pour le faire descendre, elle m’a dit que celui-là risque d’être un peu plus douloureux du coup, mais franchement il ne m’a pas fait plus mal que l’autre, après avoir piqué plusieurs celui-ci aussi elle m’a annoncé que c’était fini, elle a donné les tubes à une infirmière par l’ouverture dans le mur. Elle a désinfecté à nouveau, puis m’a raccompagné dans ma chambre. Ça a duré moins de 10 minutes.

Je me sentais très bien, juste la tête qui tournait légèrement. On m’a donné une serviette et une culotte jetable. J’avais du mal à réaliser que c’était fini. J’ai retrouvé mon amie et on a recommencé à papoter, j’étais contente qu’elle soit là, je me serais ennuyée toute seule. On m’a apporté un thé et des gâteaux. L’infirmière a vérifié ma tension régulièrement, puis je me suis rhabillée, il n’y avait plus qu’à attendre la visite du médecin qui m’avait fait la ponction. Vers 13 heures l’infirmière m’a annoncé qu’il y avait quelqu’un pour moi en salle d’attente avec un enfant. La jeune femme (ma châtaigne) que j’avais parrainée était venue me chercher. Elle avait amené sa petite fille, qu’elle avait eue grâce à un don d’ovocytes dans ce même CECOS. On les a laissé entrer dans la chambre, ça m’a fait bizarre de les voir enfin en vrai, ma châtaigne a pris de mes nouvelles, puis le médecin est arrivé, et après quelques recommandations on m’a laissé sortir. Dans le couloir on a croisé le médecin qui m’avait suivi durant la phase de stimulation. Il est venu me parler, il m’a demandé comment ça s’était passé, m’a remercié encore et m’a donné son numéro de portable au cas où j’aurais un problème. Moi je lui dis que j’espérais que ça se passerait bien pour les receveuses. Puis il a discuté avec ma châtaigne qui lui présentait sa petite fille, elle était contente de le revoir c’est lui qui c’était occupé de son transfert avec don d’ovocytes grâce auquel elle a eu sa fille. Nous les avons laissé discuter quelques minutes tranquillement, puis on a retrouvé le mari de ma châtaigne. Il nous a ramené en voiture, d’abord mon amie, puis moi. Ma châtaigne m’a offert un magnifique bouquet de fleurs en me remerciant, on était toutes les deux très émues et on s’est promis de se revoir très bientôt.

Voilà, c’était une très belle journée pour moi, je m’en souviendrais longtemps. Quelques mois après mon don, le CECOS a appelé ma châtaigne, ils avaient une fée pour elle. Elle a eu droit à deux ovocytes, un seul embryon s’est développé qui lui a été transféré et deux semaines plus tard, elle m’a appelé pour m’annoncer que ça avait marché. Elle a accouché d’un magnifique petit garçon et définitivement tourné la page PMA. Je la revois régulièrement, elle est devenue une amie. Quant à la fée qui m’a accompagnée le jour de la ponction, on s’entend toujours aussi bien et on passe beaucoup de temps ensemble. J’espère que mon don aura pu être utile. Moi il m’a permis de faire deux belles rencontres.

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