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PMA Info : L’impact des perturbateurs endocriniens sur la fertilité et le parcours PMA

En collaboration avec le laboratoire Gedeon Richter France, nous vous présentons la série de vidéos « PMA Info » , série de vidéos faites par des experts de la PMA et qui vous permettront d’y voir plus clair.

Le Docteur Nadia Kazdar, chirurgien médecin biologiste Eylau Unilabs à la Clinique Pierre Cherest (Neuilly Sur Seine) nous éclaire l’impact des perturbateurs endocriniens sur la fertilité.

Bonjour je suis le docteur Kazdar Nadia, je suis médecin biologiste au sein du laboratoire Eylau Unilabs de la clinique Pierre Cherest et je vais vous parler aujourd’hui des perturbateurs endocriniens et de leur impact sur l’infertilité.

Introduction sur les perturbateurs endocriniens

On dénombre aujourd’hui plus d’un millier de perturbateurs endocriniens dans l’environnement. Ces perturbateurs endocriniens peuvent avoir des effets nocifs sur la santé des hommes et des femmes et notamment sur la fertilité.

Qu’est ce qu’un perturbateur endocrinien ?

Alors l’Organisation Mondiale de la Santé a proposé en 2002 une définition du perturbateur endocrinien comme une substance ou un mélange de substances qui altère les fonctions du système hormonal et induit en conséquence des effets nocifs sur la santé d’un homme ou d’une femme mais également de ses descendants.

C’est toute l’agriculture intensive et l’industrialisation massive qui ont mené à la dispersion croissante de ces produits chimiques qui portent atteinte à notre santé.

Comment la fertilité est-elle impactée ?

Ces substances ou ces mélanges de substances peuvent imiter l’action des hormones naturelles fabriquées chez la femme ou chez l’homme dans le cadre du bon fonctionnement des organes reproducteurs ou bien elles peuvent bloquer l’action de ces hormones ou encore la modifier.

Le mode de contamination se fait en général via trois manières : soit par absorption, soit par inhalation ou encore via le cordon ombilical.

Par absorption on entend par exemple la contamination de la chaîne alimentaire par exemple les plats industriels riches en conservateurs ou encore le relargage des composants des contenants en plastique dans l’alimentation. La voie transcutanée concerne tout ce qui est crèmes et cosmétiques.

L’ inhalation elle peut se faire soit par inhalation de l’air intérieur par exemple les parfums d’ambiance ou bien extérieur par la pollution atmosphérique. Et via le cordon ombilical qui peut véhiculer les polluants de la mère au fœtus tout au long de la grossesse.

Il faut savoir que les expositions in utero sont en général irréversibles, on pense par exemple à l’exposition au Distilbène des femmes enceintes pour prévenir l’incidence des fausses couches qui a entraîné des malformations génitales chez les filles notamment mais de ces mères exposées. Alors que l’exposition post-natale elle peut être réversible si l’exposition à ces perturbateurs endocriniens est diminuée ou au mieux interrompue.

Quelles sont les substances auxquelles nous sommes les plus exposés ?

Alors on dénombre aujourd’hui plus d’un millier de perturbateurs endocriniens dans l’environnement. Parmi ceux-là, nous pouvons citer ceux qui ont été largement analysés dans de nombreuses publications scientifiques dans leur corrélation avec l’infertilité.

Alors nous pouvons citer par exemple le bisphénol A que l’on retrouve dans les boîtes de conserve, dans les bouteilles en plastique, dans les canettes de boissons, dont l’exposition pourrait être corrélée avec une diminution du nombre d’ovocytes et de la qualité ovocytaire, mais également dans la diminution du taux d’implantation embryonnaire comme le montre une étude en 2017. Une autre étude de 2011 a quant à elle montré une corrélation entre la présence urinaire de bisphénol A chez les hommes et une diminution de la concentration de la vitalité et de la mobilité spermatique.

Alors, quant aux phtalates, que l’on peut retrouver dans le plastique, dans les vernis à ongles, dans les produits de beauté et les produits d’entretien son association a été démontrée avec une diminution du taux de naissances vivantes et de grossesses cliniques après une Fécondation in vitro. Cette association a été décrite dans la même étude que précédemment en 2017.

S’ajoutent deux autres études : une publiée en 2016 et une autre publiée en 2018 qui ont dosé le taux de phtalates dans les urines de patientes et ont montré un lien entre ce taux et la baisse de la réserve ovarienne. Nous pouvons également citer comme autre perturbateur endocrinien les parabènes que l’on retrouve dans le shampoing, le triclosan que l’on peut retrouver dans le dentifrice qui lui a fait l’objet de peu d’études, mais dans son association entre son exposition à une fertilité diminuée a été décrite.

Si on s’intéresse maintenant au tabac qui est une autre source d’exposition aux perturbateurs endocriniens, il faut savoir que la cigarette contient du cadmium et de l’arsenic.

Dans la littérature, cette exposition au tabac semble induire une augmentation du délai de conception et une altération des paramètres spermatiques comme le montre l’étude en 2003 et associée à une altération de la perméabilité tubaire, une augmentation des fausses-couches et des grossesses extra-utérines comme le montrent ces deux études en 2015. Maintenant si on s’intéresse aux pesticides qui incluent les herbicides, les fongicides, les insecticides qui sont utilisés en agriculture mais ont également de nombreux autres usages tels que l’entretien des voiries, des parcs communaux ou encore la lutte contre les insectes indésirables domestiques.

Alors cette exposition elle touche non seulement les travailleurs mais également les particuliers qui manipulent ce type de produits sans prendre les précautions nécessaires.

Il y a une étude qui a été publiée il y a déjà longtemps (1994) qui a déjà démontré que l’exposition des couples travaillant en milieu agricole à des pesticides augmenterait le le délai nécessaire pour concevoir.

Existe t-il de bonnes pratiques ?

Des recommandations ont été émises par la fédération internationale de gynécologie et d’obstétrique de Vancouver. Alors au niveau de l’air, il faut aérer régulièrement l’intérieur des maisons et des appartements pour limiter l’exposition aux émanations de produits chimiques : aérosols tabac, parfum d’ambiance. Au niveau des produits ménagers il faut préférer les produits d’entretien avec un écolabel pour le nettoyage il faut éviter les produits qui contiennent du triclosan, du parabène et surtout utiliser des gants de protection quand vous faites le ménage.

Au niveau de l’hygiène et des cosmétiques il faut limiter les produits cosmétiques ou bien les choisir bio avec ecolabel y compris pour le dentifrice, il faut choisir des déodorants des shampoings ou des cosmétiques sans phtalates et sans parabène. Au niveau de l’alimentation il faut privilégier les produits bio, laver et éplucher lesfruits et les légumes et éviter les excès des poissons prédateurs et les graisses animales.

Il faut ne pas utiliser de parfum ou de désodorisant d’intérieur. Au niveau de la conservation et de la cuisson des aliments, il faut penser au relargage des composants des emballages plastiques dans l’alimentation, il ne faut absolument pas réchauffer les barquettes plastiques au micro-ondes ou boire des boissons chaudes dans des gobelets en plastique. Il faut bien sûr éviter les canettes et les boîtes de conserve et privilégier les contenants en verre et éviter les contenant en plastique.

Au niveau des vêtements, un lavage préalable des vêtements neufs et il faut éviter les vêtements qui contiennent des retardateurs de flamme polybromés, il faut éviter les casseroles en téflon et attention également aux graisses animales qui contiennent une grande variété de polluants liposolubles.

En conclusion

A terme, Il serait souhaitable de doser certains perturbateurs endocriniens chez les couples infertiles pour leur faire prendre conscience de l’impact de ces perturbateurs endocriniens et également un dosage des perturbateurs endocriniens dans les échecs de Fécondation in vitro.

 

Bibliographie

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Retrouvez les autres vidéos de PMA Info :

PMA Info : le transfert embryonnaire

 

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