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7 films à voir sur le désir d’enfant, l’infertilité et la PMA

L’infertilité est un thème qu’on retrouve régulièrement au cinéma. Il permet en effet de mettre en scène des conflits dramatiques au sein d’un couple heureux et sert de prétexte à un certain nombre de scènes de sexe. Dans la vraie vie, bien sûr, on se concentre pour ne pas tomber sur le chemin glissant des traitements hormonaux, on passe des heures au téléphone avec l’assurance, on supporte comme on peut les deux semaines d’attente qui paraissent sans fin, on ajuste les doses des médicaments pour obtenir le juste nombre de follicules matures…

Il est naturellement compréhensible que les réalisateurs s’éloignent de la réalité de la PMA pour créer un scénario plus captivant, mais le fait est que certains y parviennent mieux que d’autres.

Voici donc 7 films sur l’infertilité et les points sur lesquels ils se trompent :

1.Private Life : FIV, don d’ovocytes et adoption

Date de sortie : 14 septembre 2018

A voir sur Netflix

Synopsis : Richard et Rachel forment un couple d’intellectuels new-yorkais et pensent à fonder une famille. Ils se découvrent alors tous les obstacles imaginables : tous deux viennent de passer la quarantaine, Richard n’a pas de spermatozoïdes, les cycles de FIV échouent et la mère de l’enfant qu’ils voudraient adopter s’échappe dans la nature alors que la date de la naissance approche.

En fin de compte, ils apprennent qu’ils ne peuvent pas concevoir avec les ovocytes de Rachel et se tournent vers le don d’ovocytes avec l’aide de Sadie, la nièce de Richard.

Ce qui est juste : Tout ce qui conduit Rachel et Richard au conflit est réaliste (l’âge, la qualité du sperme, l’insuffisance ovarienne, la situation financière). Il n’est pas non plus rare que des proches s’aident les uns les autres en acceptant de faire un don d’ovocytes, entraînant ainsi des discordes avec d’autres membres de la famille (la mère de Sadie ne voit pas d’un bon œil le don d’ovules de sa fille). De plus, le film ne se limite pas à l’âge comme facteur d’infertilité : ce n’est pas parce que Sadie est jeune que ses ovules sont parfaits.

Le plus impressionnant est cependant la façon dont le film parvient à décrire l’environnement étrange que constitue une clinique de PMA, un lieu à la fois étranger et familier, plein d’espoir et tragique. Le film capte les regards qui s’évitent entre les couples dans la salle d’attente, l’étrange intimité avec l’équipe médicale (« Vous avez tout notre soutien ! » s’exclame le réceptionniste face à Rachel ; « après ma visite chez le spécialiste de la PMA, un troupeau d’infirmières s’était rassemblé pour me souhaiter exactement la même chose »), le regard vide de Rachel alors qu’elle effectue une énième prise de sang.

Le film parvient également à montrer la tension que ce parcours peut entraîner dans un couple. Une scène montre Rachel et Richard se disputant vivement pendant le bref moment dont ils disposent pour fertiliser les ovocytes de Rachel (« Mon mari et moi voudrions, à chaque fois, nous battre bec et ongles dès que nous devons avoir un rapport sexuel programmé »). Une autre scène mérite d’être citée : après une injection, Rachel s’écrie : « Rien dans les forums de discussion ne prévenait que ça allait faire mal comme ça ! » Quiconque a déjà dû endurer un protocole sait que la lecture des forums fait partie intégrante du parcours, pour le meilleur ou pour le pire.

Enfin, le film évite de se conclure par la morale : « Oh, vous n’avez qu’à adopter ! » pour révéler au contraire que l’adoption n’est pas une évidence et demande de relever beaucoup de défis personnels de la part du couple.

Ce qui est faux : Bien que le film montre quelques scènes de tensions à propos de l’argent, il ne s’intéresse pas vraiment à la façon dont Richard et Rachel sont parvenus à financer autant de cycles de FIV (le prix d’un cycle complet peut s’élever jusqu’à 30 000 $ aux USA, et il est probable qu’aucune assurance santé ne prenne ces frais en charge). En réalité, la question financière est l’un des plus forts arguments qui conduisent les couples à choisir tel ou tel traitement.

En outre, lorsque Sadie découvre que ses follicules ne se développent pas assez rapidement, elle décide elle-même d’augmenter la dose de Gonal-F. Bien que cela puisse fonctionner en théorie, ce n’est que peu probable en pratique : les médecins prescrivent ce type de médicaments dans des quantités bien précises, et il est fort douteux que Sadie ait pu se procurer plus de Gonal-F que ce qui lui a été prescrit.

2.Une folle envie : infertilité et insémination

Date de sortie : 18 Mai 2011

A voir en VOD : http://www.allocine.fr/film/fichefilm-176337/telecharger-vod/

Synopsis : Yann et Rose sont jeunes, ils s’aiment et veulent avoir un enfant. Neuf mois plus tard… toujours aucun bébé à l’horizon. Ils font alors preuve de beaucoup d’imagination et essayent tout…et n’importe quoi. Enfin surtout n’importe quoi. Seulement voilà, à tellement vouloir être trois, est-ce qu’ils ne risquent pas de finir tous seuls ?

Ce qui est juste : Ce film retrace le désir d’enfant du début à la fin. Le couple passe donc par toutes les phases que nous connaissons tous : espoir, doutes, médecines parallèles (hypnose, magnétisme). Et il retrace aussi parfaitement l’attitude de la famille qui sous couvert d’être bienveillante s’immisce un peu trop dans leur intimité.

Dernier point bien retranscris : la tension dans le couple ou les accusations fusent et les tensions montent au fil du film.

Ce qui est faux : Sans révéler la teneur du film, le passage ou le couple se retrouve avec des amis et ou il leur vient à l’esprit de faire de l’échangisme, pousse surement un peu loin ce désir d’enfant coute que coute.

3.Fonzy : Don de sperme

Date de sortie : 30 octobre 2013 (remake du film canadien Starbuck)

A voir sur Netflix

Synopsis : Fonzy, le pseudonyme sous lequel Diego Costa a fourni il y a 20 ans du sperme à maintes reprises dans le cadre d’un protocole de recherche. Aujourd’hui, à 42 ans, il est livreur dans la poissonnerie familiale et mène une vie d’adolescent irresponsable et gaffeur. Alors que sa compagne Elsa, lui apprend qu’elle est enceinte, son passé resurgit. Diego découvre qu’il est le géniteur de 533 enfants dont 142 souhaitent savoir qui est Fonzy…

Ce qui est juste : Les CECOS ont été créés en 1973, il était donc possible de donner son sperme en France à cette époque (il a donné entre 1988 et 1990).Les dons ont été faits de manière anonyme. Le film retranscrit aussi bien la dualité des sentiments entre la connaissance des enfants nés par don et ses propres enfants.

Ce qui est faux : Les CECOS limitent à 10 le nombre d’enfants issus des spermatozoïdes d’un même donneur. Il est donc impossible d’avoir 533 enfants nés de ces dons de sperme répétés. La motivation de ces nombreux dons dans la version originale est uniquement pécuniaire, or en France le don est gratuit, il n’y a donc aucune raison pour que Fonzy donne autant de fois. A l’époque, il fallait en outre déjà être père pour donner son sperme (ce n’est plus le cas maintenant), il n’aurait donc jamais du pouvoir le donner. D’autre part, 144 de ces enfants intentent un procès à leur « père biologique » pour connaitre leur identité, ce qui est impossible en France et n’a jamais eu lieu.

4. Baby Mama : FIV et GPA

Date de sortie : 3 février 2009

A voir en VOD : http://www.allocine.fr/film/fichefilm-128429/telecharger-vod/

Synopsis : Célibataire et obsédée par sa carrière, Kate décide qu’elle veut un bébé. Ne parvenant pas à tomber enceinte après plusieurs tentatives avec le sperme d’un donneur, elle se tourne vers la GPA.

Dans un centre spécialisé, elle rencontre alors Angie, qui portera l’embryon né d’un ovocyte de Kate et du sperme d’un donneur qu’elle a choisi.

Ce qui est juste : Bien que le langage cru de cette comédie soit pensé pour faire rire le spectateur, ce caractère direct est en réalité très proche de la façon dont les médecins peuvent s’adresser aux patients en matière d’infertilité. Le médecin de Kate n’hésite pas à lui expliquer impitoyablement combien ses chances de porter elle-même son enfant sont faibles et lance le problème de « l’âge maternel avancé » comme une accusation. Les spécialistes de la PMA doivent souvent annoncer de malheureuses nouvelles, qui peuvent être reçues comme un véritable coup de massue (je me souviens du ton déçu de mon médecin lorsqu’il a maugréé : « Honnêtement, je pensais que vous seriez enceinte maintenant »).

Les posts-it qu’on trouve un peu partout dans la maison de Kate et qui portent des notes d’encouragement comme « Allez ! Sois fertile ! », met en lumière les manœuvres psychologiques qui peuvent s’avérer nécessaire pour contrôler ses émotions au cours d’un traitement de fertilité : il faut essayer de rester positive sans laisser ses espoirs s’envoler si haut qu’ils vous brisent le cœur chaque mois.

Ce qui est faux : Comme dans Private Life, ce film ne va pas assez loin sur le fardeau financier que représente un traitement de PMA. Le personnage de Kate parle nonchalamment de neuf cycles sans en mentionner le coût. En outre, elle ne découvre qu’après ces neuf cycles que la forme de son utérus rend toute conception quasiment impossible. Dans la réalité, une femme (ou un couple) passe par tout une batterie d’examens et tests pour découvrir tous les problèmes potentiels avant même de commencer tout traitement. Les soucis d’utérus de Kate auraient donc dû être identifiés depuis longtemps.

De plus, Baby Mama utilise le prétexte des traitements hormonaux pour justifier que le personnage devienne « fou ». Bien sûr, prendre des hormones peut perturber fortement vos émotions, mais ça ne vous fait pas perdre l’esprit. Et si on a envie de parler des effets secondaires de ces médicaments, il faudrait aussi montrer les autres ennuis souvent plus répandus qu’ils peuvent causer : bouche sèche, ballonnements, fatigue, irritabilité…

5.Arizona Junior : une réserve ovarienne insuffisante

Date de sortie : 27 Mai 1987

Disponible en VOD : http://www.allocine.fr/film/fichefilm-1500/telecharger-vod/

Synopsis : En sortant de prison, H.I épouse Ed, l’amour de sa vie. Le couple ne rêve que d’une chose : fonder une famille aussi vite que possible. Cependant, comme ils ne parviennent pas à concevoir un enfant naturellement et qu’un médecin leur confirme qu’ils ne le pourront jamais, ils décident de procéder de manière originale, en kidnappant l’un des cinq célèbres quintuplés.

Ce qui est juste : Comme dans Baby Mama, le langage cru employé par le médecin sert un effet comique par son exagération mais trouve aussi le ton juste. Quiconque s’est déjà assis face à un médecin qui lui montre un graphique dont la ligne descend inexorablement en parlant de « réserve ovarienne déclinante » compatira aux sentiments éprouvés par Ed lorsque le médecin lui montre, graphique après graphique, pourquoi elle est « stérile ».

Le film montre bien également les conséquences de l’infertilité sur les autres domaines de la vie : Ed perd tout intérêt pour tout, démissionne, s’éloigne de H.I, abandonne tous ses loisirs

Ce qui est faux : Tout d’abord, lorsqu’arrive la nouvelle que le couple en bonne santé formé par Nathan et Florence a eu des quintuplés, H.I explique que Florence a eu recours à des « pilules de fertilité ». Il n’existe pas de telles « pilules de fertilité » magiques. Selon le type de traitement que vous suivez, il y aura un mélange de médicaments divers, accompagnés d’injections et de suppositoires, chacun d’eux étant conçu pour obtenir un résultat spécifique : il n’y a pas de pilule unique qui permette magiquement d’avoir un enfant.

Le film ne s’intéresse pas non plus au défi émotionnel qu’implique le fait de ne pas pouvoir porter son propre enfant. Florence envisage l’idée de prendre le bébé de quelqu’un d’autre comme si c’était pareil, sans passer par une période de transition pour faire le deuil de l’idée de grossesse.

6.Juno : l’adoption

Date de sortie : 6 février 2008

A voir en VOD : http://www.allocine.fr/film/fichefilm-121167/telecharger-vod/

Synopsis : Lorsque Juno se découvre enceinte à 16 ans, elle décide de mener sa grossesse à terme et de laisser l’enfant à un couple accueillant. Grâce à une annonce, elle rencontre Vanessa et Marc, fous de joie à l’idée d’adopter le bébé de Juno, eux-mêmes ne pouvant concevoir d’enfant. Comme Richard et Rachel dans Private Life, ils se retrouvent épuisés par le processus d’adoption.

Ce qui est juste : Vanessa offre un émouvant aperçu de l’isolement qui peut accompagner des problèmes d’infertilité. « Mes amies m’ont prévenue que les deux premiers mois étaient les plus difficiles », explique Vanessa à Juno, exprimant dans cette seule phrase une dure vérité : lorsque vous rencontrez des problèmes d’infertilité, vous êtes souvent entourée par des amis et des proches de la famille qui partagent votre expérience. Dans la même optique, lorsque Juno s’exclame avec désinvolture « Vous avez de la chance que ce ne soit pas vous ! », en faisant référence à certains désagréments de la grossesse, la douleur qui se peint sur le visage de Vanessa dément sa réaction polie.

Ce qui est faux : Bien que Vanessa soit un véritable personnage en trois dimensions, le film commence avec la vieille représentation de la femme infertile comme une femme sèche, frigide, coincée. Et lorsque Marc se montre froid alors que Juno approche de son terme, son exclamation « C’est arrivé si vite ! » sonne faux : ils se sont déjà lancés une fois dans le protocole d’adoption, et s’étaient certainement préalablement lancés dans divers traitements de fertilité, ce qui lui a donné des mois (ou plus probablement des années) pour s’habituer à l’idée d’avoir un enfant.

7.Là-haut (Dessin animé d’animation): fausse-couche

Date de sortie : 29 Juillet 2009

A voir en VOD : http://www.allocine.fr/film/fichefilm-130368/telecharger-vod/

Synopsis : Bien que complètement silencieuse, d’une durée de deux minutes et créée par animation, la scène d’ouverture d’Up est terriblement poignante. Elle montre le chemin parcouru au cours de tout une vie par un couple, du premier regard à la mort de la femme, Ellie, en passant par l’expérience de la fausse-couche. Après le mariage et la rénovation de leur maison, la scène suivante montre le couple en train de peindre joyeusement une chambre d’enfant, où un petit lit à barreaux est déjà prêt. Dans la scène d’après, Ellie se trouve dans un cabinet médical, le visage dans les mains, tandis que Carl se tient stoïquement derrière elle. Ils n’auront jamais d’enfant.

Ce qui est juste : Malgré sa brièveté (sérieusement, clignez des yeux et vous l’aurez manquée), la scène de la fausse-couche d’Ellie traduit la déchirante douleur de la fin prématurée d’une grossesse d’une manière différente de la plupart des films. Ce n’est pas une scène hautement dramatique, où on pleure et où on crie. On assiste simplement à l’effondrement silencieux d’Ellie et à la tentative de Carl de la réconforter en dépit de sa propre douleur. Quand, dans la scène suivante, on voit Ellie seule dans un champ, silencieuse et les yeux fermés, le film met en lumière le sentiment d’isolement qui peut naître après une fausse-couche. Alors que durant les jours précédents, le couple travaillait en équipe pour préparer la chambre du bébé, chacun doit désormais faire d’énormes efforts pour ne pas sombrer dans sa propre tristesse.

Ce qui est faux : Dans Up, Carl et Ellie ne réessayent jamais d’avoir un enfant après la fausse-couche. Dans la vraie vie, les fausses-couches, bien que dévastatrices, sont incroyablement répandues (elles ont lieu pour environ une grossesse sur quatre). Pour de nombreux couples, la fausse-couche n’est qu’une parmi les nombreuses difficultés qui les attendent pour avoir un enfant.

Conclusion

Au cours des 30 années que retracent ces films, notre compréhension collective et notre volonté de reconnaître l’infertilité ont parcouru un long chemin. Bien sûr, peu importe comment la description de l’infertilité au cinéma évolue, aucun film ne pourra jamais capturer précisément une expérience individuelle, tant chaque parcours est unique. Cependant, en continuant de rechercher un maximum de réalisme, les représentations de l’infertilité à l’écran offrent aux femmes (et aux hommes) un moyen de se sentir moins seules, ce dont elles ont le plus grand besoin.

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